Les défis pour 2019

2019 s’annonce chargée en réformes, dans un contexte de décélération économique (2,3% en 2017 à 1,5% aujourd’hui), de ralentissement démographique (surtout Paris et la « diagonale du vide »), de taux de chômage stagnant à 9%, de dépenses publiques, d’impôts, de déficits et de dette en croissance.

Le Consumer Electronics Show de janvier à Las Vegas ne verra pas de représentant officiel français. Le digital était pourtant une priorité du quinquennat. S’agit-il d’oublier le scandale passé avec Havas et M. Pénicaud (alors Business France) pour E. Macron ? L’Exécutif craindrait-il le digital et les réseaux sociaux depuis les Gilets Jaunes ?

En janvier, le prélèvement à la source (PAS) entrera en vigueur. Ce n’est pas révolutionnaire. En termes de trésorerie, la mensualisation était fréquente. En termes de complexité, l’impôt reste familial et pas individuel. La mise en œuvre du PAS sera à surveiller, notamment pour les TPE.

Début 2019, doivent être mises en place les mesures annoncées le 10 décembre : heures supplémentaires à nouveau défiscalisées et désocialisées, prime d’activité majorée pour les bas salaires, primes exceptionnelles, hausse de la CSG supprimée pour les rentiers à moins de 2000€.

Le 1er janvier est l’occasion de diverses hausses, comme celle des cotisations retraite suite à la fusion Agirc-Arrco, ou celle des tarifs publics (+10% pour le timbre). Inversement, l’inflation pourrait refluer avec la baisse des hydrocarbures.

Côté fiscalité, 2019 connaîtra une nouvelle étape de baisse de la taxe habitation, et le Crédit d’Impôt Transition Ecologique sera finalement maintenu voire élargi. Pour les entreprises, l’IS ne baissera pas malgré les promesses, mais 2019 reste l’année du cumul CICE et de la baisse de cotisations.

Côté international et militaire, l’armée semble dans l’impasse au Sahel (la guerre contre le terrorisme suscite même des vocations suicidaires en France) et en Syrie (ou la France est lâchée par les USA), rendant absurdes ou intenables les positions françaises au Proche et Moyen Orient.

Côté ministère du Travail, l’agenda reste très chargé : fusion de branche, discussion sur la formation professionnelle, et durcissement des conditions de l’Assurance chômage pour redresser les comptes de l’Unedic.

La réforme des retraites a été par deux fois repoussée, jusqu’à l’automne normalement. C’est la principale réforme systémique du quinquennat et plus on perd du temps en palabres, plus elle sera difficile.

Un autre dossier délicat (quoique non prioritaire pour le redressement économique et social du pays) est la révision de la loi 1905. Cela rouvrira des débats sur la laïcité (le gouvernement comprend divers « humanistes » sensibles au sujet) et sur l’influence croissante de l’Islam.

Comme N. Sarkozy, E. Macron enverra une « Lettre aux Français », en réponse aux demandes de Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC). Au lieu du processus « bottom up » des cahiers de doléances, il est envisagé un processus « top down » de Questionnaire à Choix Multiples (QCM). Ce QCM ne serait pas conforme à l’article 11 de la Constitution, puisque le Président ne soumettrait pas un projet mais poserait diverses questions. Cela évitera de soulever des problématiques trop gênantes sur la réduction de la dépense publique ou la réforme institutionnelle.

Côté financier, 2019 est la fin du Quantitative Easing (QE). La BCE arrête d’aggraver son bilan, mais ne rétropédale pas encore. Le risque de krach (du fait des bulles de dettes) s’accroîtra après le départ de M. Draghi en septembre (qui fera « whatever it takes » pour repousser un problème d’ici là). En ce vingtième anniversaire de l’Euro, la France ne parvient à se refinancer à bon compte que parce que l’Allemagne n’emprunte plus et qu’il faut bien placer les liquidités des QE.

Le marché actions a souffert en ce début d’hiver. Les marchés financiers pourraient s’animer avec les conséquences de la loi Pacte : nouveaux produits d’épargne retraite de la loi Pacte et privatisations partielles ou totales (AdP, FDJ).

Les affaires continuent (A. Benalla acte 2 et enquêtes en cours touchant des hautes personnalités politiques). Le lynchage médiatique s’amplifie de la part de journalistes qui présentaient un an auparavant le président comme Jupiter, le dieu des dieux. Les manifestations et revendications se poursuivront : gilets jaunes, gyros bleus, stylos rouges, …

En vue des élections européennes, E. Macron maintiendra sans doute son projet européen, malgré un budget non conforme, et des propositions jusqu’ici peu suivies, rejetées ou se retournant contre la France. L’ambiance n’est pas vraiment europhile, la Roumanie prenant la présidence avec une Première ministre plutôt eurosceptique.

Le Brexit arrivera fin mars. Faute de référendum et d’adhésion du parlement au Plan proposé par T. May, la France doit se préparer à une absence d’accord. Ce mot d’ordre a été passé mais, à ce jour, pas les consignes pratiques.

Face à la prévisible tempête, E. Macron ne se mettra pas à la cape et gardera son cap. L’Elysée sera sous pression et les départs risquent de continuer (après S. Fort, I. Emelien ou A. Kohler ?), sans compter du tangage chez les ministres et les députés.

Et pendant ce temps, la planète se consume. Même si 2019 n’est qu’une année du processus d’«écocide» planétaire, la France ne tient pas les engagements de Paris.

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