Les dépenses non « maîtrisées »

Le nerf de la politique, c’est l’argent. Le programme d’EM est fondé sur 60Md€ d’économies (dont 25 sur le social et 15 sur les collectivités locales) non détaillées. Sans elles, EM va retomber dans le populisme des promesses intenables, des baisses d’impôts illusoires et des investissements non financés.

Avec le Projet de Loi de Finances, l’heure de vérité approche. Il faut afficher des choix budgétaires, ce qui oblige à quitter la polysémie discursive du « en même temps ». Or, on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens, selon le Cardinal de Retz.

Le gouvernement va aussi à l’encontre de la convergence européenne, avec des dépenses publiques (1300 Md€ !) de 9 points de PIB supérieures à la moyenne de l’UE. Pire encore, la divergence s’accroît entre la France, qui a aggravé ses dérives de dépenses publiques depuis le début du quinquennat, et les partenaires européens qui ont poursuivi leurs efforts. Converger avec l’UE, en termes ratio de dépenses/PIB, signifierait plus de 190Md€ d’économies à réaliser (l’Institut de l’Entreprise, présidé par M. Pébereau, arrivait à 180Md€ en 2017).

Or, sur les 60Md€ promis, CAP2022 s’est limité à 30Md€. Même s’ils étaient réalisés, ils combleraient à peine les dérives des dépenses de début de quinquennat. Ce rapport mystérieux (même ses membres ne disposent pas de copie) viserait à réduire la dérive des dépenses « maîtrisables » de 1,2% à 0,2%. Cela suppose que l’Etat ait des dépenses non maîtrisables, c’est-à-dire qu’il ait perdu le contrôle. Efforts repoussés selon la Cour des Comptes, fonctionnaires visés, impuissance publique,…on comprend que ce rapport ne soit pas diffusé.

Pour la dépense sociale (le « pognon de dingue » dixit EM), 25 Md€ d’économies étaient prévues. Or, non seulement la dépense continue à croître, mais les « promesses de promesses » s’accumulent (plan hôpital et Ehpad, plan pauvreté, dépendance, …). En matière de retraite, pas d’économies en perspectives (les 5Md€ d’économies proposées par P. Moscovici ont été rejetées). Au contraire, des concessions sont déjà discutées pour faire passer la réforme.

Le Chef de l’Etat a même évoqué au Congrès, un Etat providence du XXIème siècle. C’est à la fois un concept éculé du second empire, redéveloppé par Beveridge pendant la guerre, mais aussi un projet aux conséquences budgétaires funestes. En France, la racine de la Sécurité Sociale n’est pas 1945 comme le répète la doxa germanopratine, mais 1940 sous Vichy (P.Laroque/R.Belin).

Au Royaume-Uni, cela a correspondu au déclin économique et social de l’après-guerre. La sortie de cet état providence du « ventre maternel jusqu’à la tombe » (« from womb to tomb ») sous Thatcher a été douloureuse. C’est un système irresponsable où les citoyens sont assistés. Or, dans un pays protestant (ou anglican), « aide-toi et le ciel t’aidera » (J. de la Fontaine, inspiré d’Æsope). Si l’on en croit M. Weber, le développement économique est supérieur dans les pays à l’éthique protestante.

L’actuelle « verticalité » du chef de l’Etat représente une échelle de Jacob impraticable, faute de barreaux, c’est-à-dire de corps intermédiaires. Pour faire passer des mesures sociales, il faut diviser les syndicats entre opposants par principe (CGT, FO, Sud,…), et ceux prêts à négocier (CFDT, CFE-CGC, UNSA parfois,…). Cela explique la tentative de reconquête d’EM auprès de cette 2ème catégorie de syndicats.

Pour la dépense publique d’Etat, la première économie concerne les effectifs du ministre en charge. Le chiffre de 30 000 a d’abord pu être évoqué à la Cour des Comptes. G. Darmanin, avec O. Dussopt, ont laissé entendre le 11 juillet des aménagements qui correspondraient à la suppression de 20 000 postes au ministère du Budget (DGFiP principalement). On reste loin du programme d’EM, qui avait fixé un objectif de 120 000 postes à supprimer, dont 50 000 pour la fonction publique d’Etat.

Les ministres ont pris connaissance le 12 juillet de leur cadrage budgétaire par Bercy, mais sans pouvoir disposer d’une vue d’ensemble. Même si certains crédits seront limités (Travail, Cohésion des Territoires, Agriculture,..), les crédits en hausse seront plus nombreux (Solidarité, Justice, Défense, Enseignement Recherche,…). Et il faudra aussi parer à d’autres aléas (plan terrorisme, douaniers pour le Brexit, et participation au budget de l’UE en hausse,…).

G.Darmanin évoque la suppression de 25 « petites taxes », sur plus d’une centaine qu’il faudrait abroger, mais dans le même temps, le gouvernement en invente d’autres. On peut craindre que les «économies » visent à supprimer des niches fiscales, ce qui signifie plus d’impôts et pas moins de dépenses.

Enfin, E. Philippe a lancé la contractualisation entre l’État et les collectivités locales. Mais la fronde des élus locaux se poursuit face à la volonté jacobine de réduire les dépenses provinciales. Pourtant, celles-ci ont beaucoup augmenté ces dernières années, et la contraction du nombre de régions n’a pas donné lieu à des économies visibles.

La conséquence nationale est que les prélèvements obligatoires sont en hausse, contrairement aux engagements de campagne. La conséquence internationale est que, par son laxisme budgétaire et la pérennisation de son clientélisme, la France ne se crédibilise ni en Europe, ni dans le monde, contrairement au début du quinquennat.

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