Les finances hors contrôle

Le déficit budgétaire pour 2018 est maintenant annoncé à 3,2%. C’est trop au regard des engagements européens, mais c’est en-dessous des prévisions réalistes. Ce 3,2% se base sur des économies non précisées et sur une prévision de croissance du PIB officiellement surestimée de 0,2%. Cela ne tient pas compte des impacts récessifs en cas d’absence d’accord sur le Brexit. Cela n’intègre pas non plus les nouvelles mesures en réponse aux manifestants (comme les primes pour les policiers) et pas encore les coups de pouce au CITE ou aux APL. Le déficit budgétaire 2019 dépassera vraisemblablement les 3,4% du PIB, voire plus en cas de hard Brexit. La sous-estimation du déficit est une habitude française (2,7% estimé aujourd’hui pour 2018 au lieu de 2,3% l’été dernier par exemple).

Les perspectives officielles (Insee, Banque de France) de croissance du PIB ont été abaissées à 1,5% pour 2018. Si la France suivait le rythme de décélération économique européenne, la croissance française de 2019 ralentirait à près de 1% (contre 1,7% dans le budget et 1,5% pour l’Insee). Pourtant, les budgets (PLF et PLFSS) en fin de discussion ne vont pas en tenir compte. On passe une loi « ad hoc » en urgence (en une semaine et sans étude de faisabilité des services) suite aux annonces du Président du 10 décembre. D’ailleurs, lesdites mesures devraient se trouver dans les projets de budgets (qui doivent être votés à l’équilibre).

Les amortisseurs joueront mais à la marge :  compte tenu de ces ralentissements économiques, modération du prix du baril (WTI à 50$), hausse des taux directeurs de la BCE différés, hausse du pouvoir d’achat du fait des mesures du 10 décembre, … Tout compris, la hausse du PIB en 2019 pourrait être proche de la croissance naturelle (1,3%).

Les forces de rappel ne jouent pas

Face à cette violation par la France des règles de discipline budgétaire de la zone euro, la pusillanimité de la réaction du Commissaire européen en charge (P. Moscovici) ne permet pas de servir d’avertisseur et de prétexte à corriger le tir.

Le gouverneur de la Banque de France justifie le dérapage budgétaire dans les Echos du 14 décembre, quand tous les autres banquiers centraux appellent à des budgets raisonnables. Le prétexte est d’avoir des mesures « exceptionnelles » ? Or, cela fait 44 ans que la France présente un déficit sur des prétextes analogues, avec des dépenses supplémentaires plutôt qu’une réforme structurelle, pourtant promise.

Outre que c’est contraire à leur mission, ne pas tirer la sonnette d’alarme ne rend pas service au pouvoir en place. En effet, le gouvernement ne peut pas prétexter d’alertes de l’UE ou de la Banque centrale pour corriger le tir.

Sauf goût pour l’autopsie des cadavres, le Haut Conseil des Finances Publiques devrait réagir maintenant, plutôt que de publier un avis quand cela sera trop tard.

La dette hors contrôle

En revanche, la Banque de France avertit à juste titre sur la croissance de la dette. Elle oublie juste d’expliquer que cela vient massivement du quantitative easing de la BCE, dont elle est le 2ème membre après la Bundesbank. Le bilan de la BCE s’est dilaté à plus de 4500 Md$, dépassant celui de la Federal Reserve, qui revient à la raison en normalisant ses taux.

Les dettes des entreprises et des particuliers s’accroissent à respectivement 73% et 59% du PIB (quand ces parts diminuent en moyenne dans la zone euro). La dette publique s’est accrue à 99% du PIB (contrairement aux promesses de campagne d’E. Macron). Cela ne risque pas de baisser avec un déficit public 2019 largement supérieur à 3%. Si l’on ajoute ces chiffres sans retraitement, la dette totale en France atteint 231% du PIB. Une banque enverrait un client avec un tel ratio directement en commission de surendettement.

Pour des raisons de crédibilité vis-à-vis des prêteurs, le gouvernement prétend qu’il va poursuivre ses réformes structurelles. En pratique, les réformes institutionnelles, des retraites etc sont décalées. Les mesures « gilets jaunes » sont des reculs (comme le report des allègements fiscaux pour les entreprises). Et d’autres réformes prennent du temps (Unedic). Si la réforme des retraites avait initiée à son arrivée, on n’aurait pas eu le psychodrame des rabots (moindre revalorisation des rentes, augmentation générale de la CSG, etc).

Le risque des extrêmes

J.L. Mélenchon a proposé que la France ne rembourse pas sa dette. Cette folie n’est pas nouvelle, l’URSS l’a fait à sa création, avec 70 ans de dictature qui ont suivi. C’est d’autant plus piquant que cette déclaration a lieu au centième anniversaire de la naissance d’A. I. Soljenitsyne, dénonciateur du Goulag.

A l’extrême inverse, proposer de sortir de l’Euro ou de l’Union Européenne est gravement irresponsable. La France n’en a pas les moyens et le « nouveau franc » (donc l’épargne et le pouvoir d’achat des Français) serait rapidement dévalué de plusieurs dizaines de pourcents.

L’urgence d’une vraie transformation

Ce qu’il faut faire est connu et même dans le programme d’En Marche, faute d’avoir été mis en œuvre. Il faut réduire le chômage, donc avoir un cadre plus compétitif, donc moins de prélèvements obligatoires, donc une dépense publique plus efficace, donc moins de complications fiscalo-administrées nuisibles (petits impôts et niches fiscales à alléger, millefeuille territorial à simplifier, doublons dans l’administration à supprimer, paperasseries à digitaliser, etc). Il fallait et il faut toujours commencer par là.

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