Les naufragés du divorce : Jusqu’à la garde, un film de Xavier Legrand

La vieillesse est un naufrage. Et les vieux seront les naufragés du nouveau monde qui ne les aiment pas, rabote leur retraite avec la CSG et se prépare à spolier leur patrimoine. On ne sait ce que pense Brigitte de la politique antivieux de son mari. N’est-elle pas tenue au devoir de fidélité et de loyauté ? Mais là n’est pas le propos du jour. Que les aînés se rassurent : ils ne sont pas les seuls naufragés de la vie. Le mariage aussi est un naufrage. En tout cas, un sur deux finit par échouer ou par couler. Et dire que les gens persistent à se marier et que les gays ont absolument voulu de cette institution bourgeoise, honnies par les militants libérateurs des années 1960. Se marier pour divorcer. Il est vrai qu’avec le mariage, on joue alors à quitte ou double. L’institution du mariage n’est pas faite pour la société des individus désirant, égotiques et égoïstes. Elle est trop lourde à porter. Il est donc logique que seuls les plus forts réussissent à traverser l’épreuve, en une périlleuse croisière, avec ses bains de soleil sur le pont et ses estomacs barbouillés au bar du paquebot. La vie à deux a une chance sur deux de chavirer. Et encore, on ne compte que les unions et les séparations officielles. Le concubinage a cet avantage de ne pas laisser de traces.

En cas de tempête, on se calfeutre en cabine… Et, quand le roulis devient insupportable, il est sage de quitter le navire à la prochaine escale. Les naufragés du mariage divorcent. Mais bien souvent, le divorce est un nouveau naufrage. On coule. On se coule, parce que la séparation c’est jamais cool. Ceux qui le prétendent sont des vantards ou des menteurs. Et quand il y a des enfants, c’est pire encore. On devrait presque interdire le divorce en présence d’enfant du couple. Certes, me rétorquera-t-on, la vie de famille peut être un enfer, et il est souhaitable d’ouvrir une porte de sortie. Mais le divorce peut tout autant être un enfer, surtout pour les enfants, à qui on n’a rien demandé. Ils n’ont pas demandé à naître (ils vous le répètent assez lorsqu’ils sont ados). Ils n’ont pas demandé le divorce et c’est à eux de subir les conséquences de la séparation et de l’incurie parentale. Donc, si vous voulez vous marier réfléchissez au moins deux fois, choisissez le bon numéro, testez-le avant, pour vérifier s’il n’y a pas de vices cachés rédhibitoires. Et si vous voulez des enfants, faites alors deux ans de réflexion. Ces trucs-là, les enfants, ça dure au moins 18 ans, et la vie de famille n’a rien à voir avec la vie de couple puisque le ménage se fera à trois ou plus. A-t-on vraiment le droit de leur faire assumer notre irresponsabilité et nos échecs ? Donc, il faut bien choisir son conjoint, la mère et le père de ses futurs enfants, même si rien n’est garanti après le délai de réflexion et la période d’essai.

C’est l’histoire qui arrive à Léa Drucker. Non, la Gazette n’est pas devenue un journal pipeule. Le divorce, c’est dans le film. L’histoire est une fiction, mais elle n’est pas de la science-fiction. Miriam (Léa Drucker) est divorcée d’Antoine (Denis Ménochet). Les deux ont eu deux enfants, car deux et deux font quatre : la fille, Joséphine, est bientôt majeure (donc son sort est réglé) et Julien qui a 11 ans. On suppose que Miriam a été attiré par le charme viril d’Antoine, un type costaud et bourru, trop peut-être puisqu’ils se sont séparés. Car après le coup de foudre, ce fut la foudre des coups. Antoine a l’amour très viril, rugueux et violent. Miriam a déménagé et est retournée chez ses parents. Lui a été ainsi éloigné de ses enfants. Il ne les voit guère. Julien ne veut plus de son père, l’Autre. Il refuse les visites. Le conflit doit se résoudre dans le bureau de la Juge aux Affaires matrimoniales. Quand plus rien ne va, le droit prend la relève.

La juge est discrète mais ferme. La voix est neutre, mais elle ne se laisse pas faire. Elle écoute les avocats des parties, les demandes, les argumentations et le déballage des défauts de l’ex. Les affaires de famille sont aussi des affaires de femmes, surtout dans la magistrature et le barreau où la gente féminine domine en nombre, malgré les lois de la parité et le combat schiappien. Dans un entretien libre, assuré par l’association, Julien a dit son refus de voir son père. Les ex se taisent. L’avocate du père s’énerve. La société maternelle et maternante a tellement tendance à oublier les pères. Eh oui… quid du droit des pères ? Même lorsqu’ils ne sont pas exemplaires, il leur reste le droit, pour exprimer un peu d’affection paternelle. Alors, on va essayer un week-end sur deux, en attendant la garde alternée, lorsque le père aura déménagé et sera en mesure d’accueillir son fils. Pour la grande, rien à dire, elle est libre parce que majeure dans deux semaines. Pour les sous et la pension alimentaire, les parties sont parvenues à un accord. La mère réclame seulement une avance sur la dissolution de communauté, puisqu’elle a tout laissé au père. Mais, l’avocate d’Antoine pinaille. Selon le code civil, « chacun des parents contribue à l’entretien et à l’éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l’autre parent, ainsi que des besoins de l’enfant. », donc le père doit aussi payer. Le jugement est mis en délibéré… Si vous êtes juriste ou si vos enfants sont à la fac de droit, il y a déjà une raison d’aller voir le film. Et si vous êtes séparés, divorcés, c’est à réfléchir… car l’histoire peut réveiller des mauvais souvenirs. Et pour les autres, mariés, heureux, le malheur est toujours derrière la porte, celle du voisin ou la sienne.

Le jugement sera rendu comme il se doit, équitablement, car qui dit vrai, qui exagère ? Le père viendra donc chercher Julien. Le garçon refuse, mais finit pas céder, afin de protéger sa mère. Retenez l’idée… c’est lui l’homme de la petite famille restante. Il se tait, il ment, mais devra céder sous la force de l’autorité paternelle… C’est alors que le drame commence. Les enfants ne seront pas responsables de leurs parents dit la Bible. Les parents sont souvent des irresponsables avec leurs enfants… notamment lorsqu’ils sont séparés. Alors, la famille de madame se monte le bourrichon, et dresse le portrait de l’ex en monstre. Dans sa voiture, Antoine se lâche : bien sûr, son ex est une salope. Mais dans sa famille à lui, il n’a pas le beau rôle. On le tient plutôt pour un raté. Il y a du complot partout. On fuit.

La culpabilité de l’autre empêche de voir la sienne. Et c’est tellement simple. Le petit Julien est pris dans cette guerre qu’il attise involontairement. Mais il est trop jeune pour jouer à la guerre des grands. Ses armes ne sont pas très solides. Il a beau observer le monde des adultes, il ne peut tout comprendre. Les trop-pleins de haine sont les déversoirs de l’amour déçu. Le fort n’est pas celui qu’on croit. La vraie vie ne ressemble en rien au bisounoursisme moralisateur du nouveau monde : il n’y pas d’un côté des gentils et des vertueux et de l’autre des méchants et des pervers. Les divorces sont des tragédies à l’antique.

On se laisse prendre par le rythme imprévu du film, à part la scène de la fête d’anniversaire un peu trop longue et trop bruyante. La tension monte puis descend et remonte, jusqu’à vous prendre aux tripes dans la scène finale… du grand cinéma ! L’humanité de chacun se dévoile. Ils sont trop faibles pour vivre leur propre histoire, car cette histoire est douloureuse. L’esprit manichéen prendra d’abord le parti de la mère et de l’enfant… les victimes, puis celui du père, autre victime… Mais tout n’est pas si simple, car dans les sentiments, il y a bien souvent trop de passion et de déraison, des passions retenues, des passions broyées, des passions qui ne peuvent se vivre dans l’apaisement. Alors tout finit par exploser, parce que l’amour d’un homme pour une femme, d’un père pour un enfant sont impossibles.

Antoine de Nesle

Annexe : un peu de droit ne fait pas de mal pour comprendre que la garde est une chose sérieuse.

Titre IX, Livre 1er du code civil, Chapitre Ier : De l’autorité parentale relativement à la personne de l’enfant

Article 371 : L’enfant, à tout âge, doit honneur et respect à ses père et mère.

Article 371-1 : L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant.

Elle appartient aux parents jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne.

Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité.

Article 371-2 : Chacun des parents contribue à l’entretien et à l’éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l’autre parent, ainsi que des besoins de l’enfant.

Cette obligation ne cesse pas de plein droit lorsque l’enfant est majeur.

Article 371-3 : L’enfant ne peut, sans permission des père et mère, quitter la maison familiale et il ne peut en être retiré que dans les cas de nécessité que détermine la loi.

Article 371-4 : L’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants. Seul l’intérêt de l’enfant peut faire obstacle à l’exercice de ce droit.

Si tel est l’intérêt de l’enfant, le juge aux affaires familiales fixe les modalités des relations entre l’enfant et un tiers, parent ou non, en particulier lorsque ce tiers a résidé de manière stable avec lui et l’un de ses parents, a pourvu à son éducation, à son entretien ou à son installation, et a noué avec lui des liens affectifs durables.

Article 371-5 : L’enfant ne doit pas être séparé de ses frères et soeurs, sauf si cela n’est pas possible ou si son intérêt commande une autre solution. S’il y a lieu, le juge statue sur les relations personnelles entre les frères et soeurs.

Article 371-6 : L’enfant quittant le territoire national sans être accompagné d’un titulaire de l’autorité parentale est muni d’une autorisation de sortie du territoire signée d’un titulaire de l’autorité parentale.

Un décret en Conseil d’Etat détermine les conditions d’application du présent article.

Paragraphe 1 : Principes généraux.

Article 372 : Les père et mère exercent en commun l’autorité parentale.

Toutefois, lorsque la filiation est établie à l’égard de l’un d’entre eux plus d’un an après la naissance d’un enfant dont la filiation est déjà établie à l’égard de l’autre, celui-ci reste seul investi de l’exercice de l’autorité parentale. Il en est de même lorsque la filiation est judiciairement déclarée à l’égard du second parent de l’enfant.

L’autorité parentale pourra néanmoins être exercée en commun en cas de déclaration conjointe des père et mère adressée au directeur des services de greffe judiciaires du tribunal de grande instance ou sur décision du juge aux affaires familiales.

Article 372-2 :  A l’égard des tiers de bonne foi, chacun des parents est réputé agir avec l’accord de l’autre, quand il fait seul un acte usuel de l’autorité parentale relativement à la personne de l’enfant.

Article 373 : Est privé de l’exercice de l’autorité parentale le père ou la mère qui est hors d’état de manifester sa volonté, en raison de son incapacité, de son absence ou de toute autre cause.

Article 373-1 : Si l’un des père et mère décède ou se trouve privé de l’exercice de l’autorité parentale, l’autre exerce seul cette autorité.

Paragraphe 2 : De l’exercice de l’autorité parentale par les parents séparés

Article 373-2 : La séparation des parents est sans incidence sur les règles de dévolution de l’exercice de l’autorité parentale. Chacun des père et mère doit maintenir des relations personnelles avec l’enfant et respecter les liens de celui-ci avec l’autre parent.

Tout changement de résidence de l’un des parents, dès lors qu’il modifie les modalités d’exercice de l’autorité parentale, doit faire l’objet d’une information préalable et en temps utile de l’autre parent. En cas de désaccord, le parent le plus diligent saisit le juge aux affaires familiales qui statue selon ce qu’exige l’intérêt de l’enfant. Le juge répartit les frais de déplacement et ajuste en conséquence le montant de la contribution à l’entretien et à l’éducation de l’enfant.

Article 373-2-1 : Si l’intérêt de l’enfant le commande, le juge peut confier l’exercice de l’autorité parentale à l’un des deux parents. L’exercice du droit de visite et d’hébergement ne peut être refusé à l’autre parent que pour des motifs graves.

Lorsque, conformément à l’intérêt de l’enfant, la continuité et l’effectivité des liens de l’enfant avec le parent qui n’a pas l’exercice de l’autorité parentale l’exigent, le juge aux affaires familiales peut organiser le droit de visite dans un espace de rencontre désigné à cet effet.

Lorsque l’intérêt de l’enfant le commande ou lorsque la remise directe de l’enfant à l’autre parent présente un danger pour l’un d’eux, le juge en organise les modalités pour qu’elle présente toutes les garanties nécessaires. Il peut prévoir qu’elle s’effectue dans un espace de rencontre qu’il désigne, ou avec l’assistance d’un tiers de confiance ou du représentant d’une personne morale qualifiée.

Le parent qui n’a pas l’exercice de l’autorité parentale conserve le droit et le devoir de surveiller l’entretien et l’éducation de l’enfant. Il doit être informé des choix importants relatifs à la vie de ce dernier. Il doit respecter l’obligation qui lui incombe en vertu de l’article 371-2.

Article 373-2-2 : En cas de séparation entre les parents, ou entre ceux-ci et l’enfant, la contribution à son entretien et à son éducation prend la forme d’une pension alimentaire versée, selon le cas, par l’un des parents à l’autre, ou à la personne à laquelle l’enfant a été confié.

Les modalités et les garanties de cette pension alimentaire sont fixées par la convention homologuée visée à l’article 373-2-7 ou, à défaut, par le juge. Cette convention ou, à défaut, le juge peut prévoir le versement de la pension alimentaire par virement bancaire ou par tout autre moyen de paiement.

Cette pension peut en tout ou partie prendre la forme d’une prise en charge directe de frais exposés au profit de l’enfant. Elle peut être en tout ou partie servie sous forme d’un droit d’usage et d’habitation.

Lorsque le parent débiteur de la pension alimentaire a fait l’objet d’une plainte déposée à la suite de menaces ou de violences volontaires sur le parent créancier ou l’enfant ou d’une condamnation pour de telles menaces ou violences ou lorsque de telles menaces ou violences sont mentionnées dans une décision de justice, le juge peut prévoir que cette pension est versée au directeur de l’organisme débiteur des prestations familiales.

Article 373-2-3 : Lorsque la consistance des biens du débiteur s’y prête, la pension alimentaire peut être remplacée, en tout ou partie, sous les modalités et garanties prévues par la convention homologuée ou par le juge, par le versement d’une somme d’argent entre les mains d’un organisme accrédité chargé d’accorder en contrepartie à l’enfant une rente indexée, l’abandon de biens en usufruit ou l’affectation de biens productifs de revenus.

Article 373-2-4 : L’attribution d’un complément, notamment sous forme de pension alimentaire, peut, s’il y a lieu, être demandée ultérieurement.

Article 373-2-5 : Le parent qui assume à titre principal la charge d’un enfant majeur qui ne peut lui-même subvenir à ses besoins peut demander à l’autre parent de lui verser une contribution à son entretien et à son éducation. Le juge peut décider ou les parents convenir que cette contribution sera versée en tout ou partie entre les mains de l’enfant.

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