Les projets sociaux entre promesses et réalités

Les ministres ont remis leur feuille de route au Premier ministre, notamment A. Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

Une gouvernance sous influence privée

Dans toute entreprise efficiente, les instructions doivent aller en sens inverse, ne serait-ce que parce que c’est au dirigeant (le Premier ministre) qu’il revient d’indiquer la direction à suivre aux collaborateurs (les ministres). C’est ce qui assure la cohérence vers l’intérêt général. Sinon, on dérive vers une juxtaposition de bureaucraties technocratiques, chacune agissant pour ses lobbys.

Tout en étant en position dans des organismes publics, A. Buzyn a été rémunérée par des labos. Elle demande l’obligation de 11 vaccins, ce qui engendrerait un risque sanitaire des enfants. De plus, elle se devra se déporter concernant l’Inserm (relevant de la Recherche, mais dirigé par son mari).

En outre, son directeur de cabinet, Gilles de Margerie est “accusé” de venir du privé. Certes, il était DGA d’Humanis (groupe à but non lucratif), après une longue carrière au Crédit Agricole et un passage chez Ricol et Lasteyrie, mais G.de Margerie est au départ Inspecteur Général des Finances (IGF), et ancien du cabinet de Rocard. Un IGF au milieu d’IGASS est contre culturel, mais il sera utile car le sujet budgétaire sera central à la politique de protection sociale.

La réforme repoussée des retraites

Pour réformer les retraites, la seule manière est de passer les textes pendant l’été suivant les législatives, façon réforme de l’été 1993 de S. Veil (ex belle-mère d’A. Buzyn).

Mais A. Buzyn a cédé à la tentation de botter en touche avec une commission Théodule (« délégation à la réforme des retraites »). La promesse de campagne était succincte mais très précise : unifier l’ensemble des régimes en un seul régime en points. Des discussions sans fin entre ceux qui vont y perdre ou non est vaine et ne peuvent que retarder la mise en œuvre qui nécessite plusieurs années de transition. De plus, ces discussions ne démarreraient qu’au printemps.

Pourtant, le Conseil d’Orientation des Retraites, que l’on ne saurait soupçonner de noircir le tableau, a dressé le constat de la dégradation de la situation financière des régimes de retraites et des déséquilibres dans l’équité par branche et par genre. Passer en points permettrait de diminuer les déficits (en fixant assez bas les rendements servis/valeur du point), sans avoir à afficher des mesures impopulaires (comme repousser l’âge limite de 62 ans, ce qui avait été exclu du programme).

Un Nième replâtrage en santé

15Md€ d’économies sont à trouver. Soit en décalant le problème sur les autres financeurs, notamment les assureurs (probablement en jouant sur les habituels contrats responsables, paniers de soins et la répartition régime de base versus complémentaires). Soit en dur, aux dépens des professionnels libéraux (A. Buzyn ne l’étant pas) et entre les ARS et le CNAM.

Certaines promesses (revalorisation de la prime d’activité, du minimum vieillesse et de l’allocation adulte handicapé, remboursement intégral en dentaire et des prothèses optiques et auditives,…) seront probablement repoussées par Bercy, qui cherche au contraire 5Md€ d’économies cet été.

En attendant, les comptes de la protection sociale vont poursuivre leur hémorragie (A. Buzyn est hématologue).

Rationaliser la santé ?

En théorie, dès 2018, le RSI et les mutuelles étudiantes intégreraient le régime général. En pratique, les niveaux de cotisations et de prestations diffèrent quand même. Les indépendants, qui paient moins de cotisations, accepteraient difficilement de voir leur régime aligné sur le régime général des salariés.

Quant à la généralisation du tiers payant, pas sûr que la nouvelle ministre souhaite se rendre immédiatement aussi impopulaire que M. Touraine auprès des professionnels de santé.

Un accent sera donné à la prévention (A. Buzyn avait planché sur le sujet au G.O.) et peut être au numérique. Cela supposerait de déverrouiller l’accès aux bases de données de santé.

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