L’Intelligence Artificielle a-t-elle une âme ?

Intelligence inhumaine ?

« L’intelligence artificielle n’existe pas » selon l’ouvrage de Luc Julia (First Editions). Ainsi, l’intelligence ne serait qu’humaine (curiosité, conceptualisation, contextualisation, innovation, capacité à faire des liens, intelligence émotionnelle, …).

Cela rappelle l’exclusivité que s’arrogeait l’homme blanc à détenir une âme, pour des raisons religieuses et culturelles. Les Chrétiens (Grégoire de Tours, puis au concile de Tours) ont finalement admis que les femmes pouvaient avoir une âme*. Les Jésuites s’étaient aussi posé la question de l’existence d’une âme chez les peuples d’Amérique latine.

Depuis longtemps, on a découvert des facultés d’intelligence chez les animaux, notamment les singes. D’ailleurs, le livre « L’intelligence artificielle et les chimpanzés du futur » (Pascal Picq/Odile Jacob) se penche sur la question. L’intelligence darwinienne s’applique à toutes les espèces, et consiste à s’adapter. L’homme n’est plus adapté à son environnement puisqu’il le détruit. Courant ainsi à sa propre perte, l’homme n’est pas intelligent au sens darwinien.

L’Homme sous pression ?

L’uberisation diminue la place de l’homme dans sa propre société (moins d’intermédiaires physiques, plus de connections digitales). C’est la première révolution schumpétérienne qui détruit de l’emploi au global. Mais elle en créé chez ceux qui s’adaptent bien. Simplement, l’Europe et surtout la France, n’ont pas saisi leur chance pour se positionner, alors que la France est réputée pour son excellence mathématique (jusqu’aux studios de DreamWorks). Ces pays qui regardent les trains passer en s’isolant par des lois, les amènent à moins d’emplois (par ubérisation subie), à plus d’inégalités (codeurs millionnaires versus exclus), et à une croissance qui se fera ailleurs.

La création de start up est florissante y compris s’agissant des réseaux (fournisseurs de contenus et d’application, hébergeurs, transitaires, fournisseurs d’accès internet, diffuseurs de contenus…). Mais elles ont du mal à devenir des licornes.

Nos laboratoires (CNRS, INRIA, …) publient des articles quand les autres pays déposent des brevets. Pire, l’UE croit résoudre le problème en inventant des régulations (comme le RGPD), alors qu’elle ne parvient pas à appliquer les lois existantes (notamment fiscales) aux GAFAMITIS et aux BATX. En France, sous prétexte que l’IA est un secteur sensible, le gouvernement vient même de limiter (par décret 2018-1057) la possibilité de lever des fonds.

En France, on produit des conférences (comme celles du macronmaniaque Philippe Aghion), des notes, analyses et rapports sur l’IA (comme celui de Cédric Villani). Mais le même pouvoir politique qui a commandité le rapport, n’en tire pas les conclusions économiques (investissements massifs à réaliser). Il faut -mais il ne suffit pas- d’upgrader nos systèmes de formation des élites (former plus de leaders digitaux-compatibles et moins de politiciens bonimenteurs). Il faudrait aussi changer les mentalités.

Il est vrai que l’IA suppose de préférer l’innovation aux rentes et aux hypothétiques droits acquis. Les élites d’un pays, bercées dans la doxa de la dépense fiscalo-administrée post colbertiste, sont particulièrement incultes en économie. Le pays ignore largement le caractère décroissant des rentes (cf R. Solow) et le besoin d’innovation (cf J. Schumpeter).

Seulement 12% des Français estiment que la vie de la prochaine génération sera meilleure (enquête Ipsos pour Challenges). Bien sûr, les causes sont diverses (défiance envers les politiques et les institutions, chômage systémique, déficits, etc). Il est paradoxal de constater qu’un pays, qui a le potentiel intellectuel, croit si peu à ses chances.

Machines-Hommes demain ?

L’ordinateur ne serait qu’un algorithme se déroulant au sens de la machine de Turing. On adjoindrait simplement un séquençage, une mémoire et des interfaces, comme dans l’architecture de von Neumann. La machine n’effectuerait ainsi que ce pour quoi elle est programmée.

La question de l’intelligence de l’ordinateur se pose depuis le Test de Turing. On différencie, par exemple, parler une langue et la comprendre. Des ordinateurs pourront prochainement traduire en simultané, mais comprendra-t-il le sens profond du message**?

Or, avec le « deep learning », la machine peut acquérir plus que ce qu’elle a en base initiale. L’ordinateur comprendra mieux un langage même s’il ne ressentira pas le sens. De plus, le processus sera plus interactif, avec des personnes de plus en plus connectées avec des objets, sans parler des hommes modifiés ou transformés.

Les ordinateurs ne calculent pas seulement plus vite. Les nanotechnologies aujourd’hui, et demain l’ordinateur quantique, ouvrent des perspectives encore insondées. L’intelligence humaine n’est qu’une forme d’esprit développée parmi d’autres. Les robots dépasseront notre puissance dans la plupart des domaines. Et nous devenons dépendants aux nouvelles technologies. L’Occident vient de prendre conscience avec l’affaire Huawei qu’en utilisant des systèmes du géant chinois, c’est Pékin qui deviendrait le maître universel des données.

Le livre « des intelligences très artificielles » (Jean-Louis Dessalles/Odile Jacob) sous-entend que les ordinateurs n’ont pas de conscience. Ils ont pourtant celles de leurs programmateurs. Comme dans le « turc mécanique » (cité par Gaspard Koenig dans le Point), cela revient à cacher un joueur d’échec dans une apparente machine. Dans « 2001, a space odyssey » (Arthur C.Clarke), l’ordinateur « hal » n’a de méchanceté cachée que la programmation humaine dont il a été l’objet.

Pour reprendre le contrôle, il faut parfois se détacher de l’influence des réseaux. Même la liberté de la presse semble remise en cause par les GAFA. On ne maîtrise pas le flux d’informations (et de fake news) sur les réseaux sociaux, notamment via les GAFA : Google représente 92% des recherches mondiales (68% pour Baidu en Chine) ; Amazon envahit des domaines jusqu’ici préservés ; Facebook a servi à influencer des votes cruciaux.

L’homme se voit comme supérieur et détaché de son contexte. Il aurait son « libre arbitre », selon René Descartes, hypothèse contestée dans Humain trop humain*** (Friedrich Nietzsche). Demain, il devra apprendre à avoir sa « libre machine », à savoir ne se connecter qu’avec discernement.

 

*Selon la Genèse : « creavit Deus hominem ad imaginem suam ». Certains théologiens, piètres latinistes, considéraient qu’une « mulier » (femme) ne pouvait être un « hominem ». Or « hominem » est le genre humain. Si l’on avait voulu cibler le seul sexe masculin, les copistes auraient écrit « vir ».

** « Time flies like an arrow » peut être traduit par un ordinateur « les mouches du temps volent comme une flèche », alors que cela signifie « le temps file ».

*** Menschliches, Allzumenschliches. Ein Buch für freie Geister.

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