Macif-Aesio : la concentration mutualiste s’accélère

Comme le prévoyait la Gazette, la question des partenariats de la Macif se posait. Après l’annonce du rapprochement d’AG2R-La Mondiale avec Matmut, la réponse de la Macif n’a pas tardé.

Un rapprochement par étape

La Macif fait preuve de prudence après l’épisode avorté de Sferen, les diversifications hasardeuses passées, et des choix managériaux évolutifs. Il serait créé une Union de Groupe Mutualiste dans un premier temps (sorte de GIE pour mutuelles, sans solidarité financière), avant d’imaginer en 2020 une SGAM faîtière et une UMG commune en prévoyance santé (structures prudentielles).

L’Union Mutualiste de Groupe Aesio (Adrea Mutuelle, Apréva, Eovi MCD mutuelle) représente 1,7Md€ de chiffre d’affaires en assurance santé pour 1,5Md€ de fonds propres. De son coté, Macif représente 6,3Md€ de CA pour 4,4Md€ de fonds propres.

Il ne s’agit donc pas d’un mariage entre égaux, mais d’un partenariat où l’assureur domine l’union relevant du code de la mutualité. Dans la précédente annonce d’ampleur, à savoir le rapprochement AG2R-La Mondiale avec Matmut, c’est l’inverse. Le groupe complexe d’assurances de personnes dominera en termes chiffrés l’assureur, principalement de dommages.

La taille critique met la barre haute avec 8Md€ de CA, soit la taille d’Aviva France, qui se fait doubler en peu de temps par Natixis Assurances (avec la reprise du flux des assurances vie des Caisses d’Epargne), AG2R La Mondiale (avec son rapprochement annoncé avec Matmut), et ici par la Macif (rapprochement annoncé avec Aesio). Aviva France, qui était 1er assureur privé du temps des nationalisations, se retrouverait ainsi 14ème du classement français en chiffre d’affaires.

Les alliances vont et viennent, aux humeurs des gouvernants

Le jeu de domino se poursuit:
– La fin de Sferen pour la Matmut et pour Macif,
– et l’accord Matmut (dont la SGAM prudentielle aura pour président N. Gomart et pas D. Havis) avec AG2R-La Mondiale (qui avait des liens avec la Macif),
– ont poussé la Macif à pactiser avec Aesio.
– Ce deal lui-même devrait entraîner plusieurs conséquences, notamment pour Mutex.

Si le développement en prévoyance se fait en 2019 sur une structure en joint-venture à parité Macif et Aesio, qu’adviendra-t-il de Mutex dont Aesio représente plus d’un quart ? De plus, Mutex avait également pour partenaire Ociane, désormais dans le giron de Matmut, qui s’est liée à AG2R La Mondiale.

Mutex ne risque-t-il pas de devenir le pôle assurances de personnes hors santé d’Harmonie Mutuelle (désormais dans l’UMG VYV avec MGEN et Istya, sans compter les adhérents de l’UGM VYV) ?

Si Macif doit assurer l’activité dommages d’Aesio, qu’adviendra-t-il du partenariat avec Thélem ?
Par ailleurs, cette annonce ne remettrait a priori pas en cause le rapprochement avec la MAPA en 2019.

« Authentiquement mutualiste »

Les valeurs mutualistes dépendent des types d’organismes. Les gouvernances dans des mutuelles relevant du code des assurances ou du code de la mutualité diffèrent dans la pratique. La Macif par exemple a pu être marquée par certaines organisations, comme les syndicats.

Aesio avait lancé un appel d’offre et d’autres prétendants étaient des groupes paritaires (AG2R, Malakoff Médéric). Une association purement mutualiste n’était pas un must initialement, mais est visiblement mis en avant ex post.

« No future » pour les mutuelles santé ?

L’assurance santé individuelle a été victime d’une longue rafale réglementaire :
– Soumission aux contraintes de fonds propres de solvabilité 2, contre un passeport européen illusoire ;
– Soumission à l’ACPR, qui penche plus vers le financier que vers le mutualisme. Certains hauts fonctionnaires souhaitent simplement faire rentrer les « mutuelles 45 » dans le rang.
– Soumission à l’impôt sur les sociétés (perte de la reconnaissance d’Organisme à But Non Lucratif) ;
– Extension de la complémentaire santé en entreprise (ANI) qui a siphonné la complémentaire santé individuelle au profit des collectives.
– Menace de suppressions des reste à charge, ce qui déresponsabiliserait les patients, et dont le coût serait largement reporté sur les mutuelles santé.

Les mutuelles concentrant les risques sur la complémentaire santé ont besoin de diversification des produits et services aux adhérents. L’avenir « stand alone » des mutuelles santé de petite et moyenne taille semble vraiment compromis.

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One Comment - Ecrire un commentaire

  1. Enfin un article qui décrit parfaitement la tectonique des plaques de qq acteurs de poids.

    Il reste MAIF qui pourrait « épauler »,
    Groupama qui est loin de tout cela et Covea qui avait débuté il y a 2 ans avec SMi et Apgis..

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