Mai 68 – Mai 2018 : rebelote ?

50 ans après mai 68, la situation a bien changé, mais la ferveur revendicatrice ne semble pas éteinte. Le contexte socialo-économique du quinquennat dépend de leur évolution.

L’héritage de 68

Mai 68 a laissé des traces (incivilités à l’école et ailleurs, tendances libertaires,…). Alors que l’Europe Centrale et de l’Est souffrait sous le joug soviétique, et se révoltait au printemps de Prague, Paris sombrait dans des soulèvements gauchistes. Mai 68 a été le terreau d’une socialisation (VGE puis Mitterrand) avec un recul de la compétitivité, à l’envers du sens de l’histoire et des réalités (retraite à 60 ans alors que la durée de vie augmentait, par exemple). Le déclassement de la France, entraînant le « déclinisme »  moral, a néanmoins été limité grâce à l’ancrage de la France dans l’UE, l’Euro, l’Otan, etc.

Bien sûr, le contexte n’est pas le même que celui de 1968 : chômage, fin de la guerre froide, niveau de vie, libéralisation de la société et des mœurs, recul du militantisme syndical, etc. Ceux qui défilent aujourd’hui (fonctionnaires, retraités, étudiants, etc) sont surtout ceux qui sont à l’abri du chômage.

Mais d’anciens trotskistes ont pris le pouvoir et l’argent (comme dirigeants d’assurance parfois même), et se permettent d’être des donneurs de leçon. En l’absence de commémorations à la main du pouvoir, c’est la « chienlit » (selon l’expression C. de Gaulle) qui s’en empare, ou plus exactement les manifestations partent en tous sens.

Un problème de communication

Trop longtemps repoussée, la réforme de la SNCF est nécessaire (contrainte européenne oblige d’ici fin 2018), mais le sujet a été mal posé :

  • Pas explicité dans le programme* (pour ne pas détailler des chiffres mal établis et ne pas risquer de braquer l’électorat du ferroviaire).
  • Jupitérien (rapport extérieur au lieu d’une concertation interne). C’est typique de l’Inspection des Finances : produire un rapport dénigrant un organisme pour justifier la prise de son pouvoir.
  • Si l’on considère que la stratégie ferroviaire était si mauvaise, pourquoi avoir maintenu G. Pepy et avoir promu ministres E. Borne et F. Parly (toutes deux ont été en charge de la stratégie de la SNCF) ?
  • Arrogance, notamment à l’endroit des cheminots, en expliquant leur part de responsabilité dans la situation, alors que les décisions politiques (surinvestissements dans le TGV, maintien électoraliste de petites lignes, achats incongrus de TGV) pèsent pour les ¾ de la dette de la SNCF. E.M. se plaint des rebonds sur le court de tennis de son pavillon de la Lanterne à Versailles, alors que des millions de Français souffrent dans les transports.
  • Ordonnance au lieu de laisser le Parlement prendre ses responsabilités, etc.

Le comble serait de prétendre vouloir faire de la pédagogie aux cheminots. La pédagogie ne peut venir que de ceux qui savent vers ceux qui n’ont pas d’expérience. La communication est un point fort du Président, mais un point faible du programme : la réforme est un moyen alors qu’il faut un objectif de société, à cibler avec quelques mots simples.

Quel coût ?

Une réforme simple et imparable aurait pourtant été aisée en affichage : l’Etat abonde la SNCF de 6Md€ (son passif net actuel) en la transformant en SA pour se conformer au droit européen. En fait, l’Etat y aurait gagné en n’étant plus directement responsable de la dette ferroviaire. La réforme comprend la transformation de l’Epic SNCF en SA. Sans réforme, la dette de la SNCF (environ 50Md€) resterait dans les dettes de l’Etat.

Au lieu de cela, et à ce stade, l’impact de la grève actuelle devrait ralentir l’économie de 0,1%, soit 2Md€ de perdus, sans compter les impacts en termes d’image intérieure et internationale. C’est cher payé pour une demie réforme qui ne règle ni le régime spécial des retraites, ni le statut pour les effectifs en place.

Gréviculture

La SNCF est tous les ans en grève (« gréviculture » comme diraient certains En Marche, reprenant une expression de l’extrême droite du début du 20ème siècle). La France détient le record de l’UE continentale du nombre de jours de grève. A noter que la place de Grève (ancienne place de l’Hôtel de Ville) était le bord de Seine non stabilisé où l’on venait se faire embaucher, mais aussi assister aux supplices.

La France redevient réactionnaire au changement : ce sont plus les bloqueurs que les blogueurs qui font l’opinion.

Les manifestations actuelles ne donnent pas lieu à une « convergence des luttes », car elles ne sont pas liées : retraités agacés d’une hausse de CSG (pourtant explicite dans le programme), étudiants inquiets par la sélection qui ne dit pas son nom (et présidents d’universités qui laissent faire des blocus), revendications de diverses catégories de fonctionnaires (justice, hôpitaux,…) et d’employés des services publics (cheminots, éboueurs,…), voire d’entreprises largement publiques (EdF, Air France,…), contestataires régionaux (Mayotte,…) ou catégoriels (agriculteurs,…), parlementaires menacés par le projet de réforme constitutionnelle, etc.

Les victimes des grèves dans les transports ne sont pas les hauts fonctionnaires ou les catégories supérieures (les liaisons Paris intra-muros et internationales fonctionnent), mais les classes laborieuses, les « commuters », qui font l’aller-retour de la grande banlieue ou des provinces vers les centres villes.

Cette vague de conflits civils fera 2 victimes : les syndicats, déjà attaqués de toutes parts (ordonnances Travail, assurance chômage, formation professionnelle, etc), et le pouvoir en place, qui paraît à beaucoup « autiste »**, alors qu’il est persuadé de mener des transformations nécessaires, trop longtemps retardées.

E. Macron, sûr de son bon droit (démocratique, mais surtout conforme à la doxa unique) restera « droit dans ses bottes », puisque c’est une obligation européenne et reculer serait la fin prématurée pour lui. Pourtant, le plus dur est devant nous : baisse des dépenses publiques et des effectifs de la fonction publique, transformation des systèmes de retraites,…

*Le programme d’EM ne pouvait pas être entièrement détaillé, car cela aurait fait apparaître un décalage de plus de 100Md€ à l’horizon du quinquennat entre les coûteuses promesses (de type « indemnité chômage pour tous ») et les objectifs de réduction des déficits, de la dette publique, et des prélèvements obligatoires. Ce décalage de près de 5% du PIB se confirme si l’on extrapole les tendances actuelles.

**Comparaison n’est pas raison, il y a par exemple des autistes Asperger assez géniaux. C’est plutôt que le Gouvernement écoute mais il n’entend pas.

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