Naissance de l’Institut polytechnique de Paris

Le gouvernement annonce la mue de l’Ecole Polytechnique. Il ne s’agit aujourd’hui que d’un changement de nom (Institut polytechnique de Paris au lieu de « NewUni » le nom provisoire du projet).

Plus précisément, c’est le regroupement (mais pas la fusion, et encore moins l’absorption) de l’X, et de certaines de ces écoles d’application (ENSTA, ENSAE et Telecom). L’accent est mis sur la coopération avec une plateforme doctorale unique dès cet été et la mise en commun du cycle « bachelor ».

Au-delà du cycle ingénieur, les formations se sont multipliées à l’X: « bachelor » (undergraduate), « graduate degree» (master en anglais), doctorat (150 par an), pour les cadres dirigeants l’executive master et l’executive education, les MOOCs sur la plateforme Coursera (250 000 participants). Ainsi, Polytechnique est passée de moins de 800 élèves sur le plateau à bientôt près de 4500 élèves et doctorants.

Un site, 2 campus

C.Villani, médaille Fields mais surtout député LREM de la circonscription la plus concernée, avait soutenu l’Expo2025 sans succès, le développement du digital dans son rapport (mais pratiquement sans budget), et l’accélération de la ligne 18 du Grand Paris. Malheureusement, cette ligne 18 a été retardée à 2024 pour la liaison entre Orly et le CEA de St Aubin, et même à 2030 pour le tronçon jusqu’à Versailles (sans parler de la liaison encore ultérieure avec Nanterre)*. Il reste donc à accélérer la connexion d’Orsay-Saclay.

L’Ecole signifie étymologiquement l’étude en grec. Cette notion était liée au temps de loisir (otium en latin, par opposition à negotium, le négoce). Pas étonnant qu’un grand rapprochement allant de Palaiseau (X) à Jouy en Josas (HEC) n’ait pas vu le jour.

Il est donc aujourd’hui prévu « 2 initiatives d’excellence » dans la région Orsay-Saclay. Après tout, certains duopoles fonctionnent ailleurs par saine émulation (Harvard-MIT, Cambridge-Oxford).

Une renaissance ?

Le classement de Shanghai de l’X était pathétique, par manque de taille critique et de visibilité international. Il fallait réagir ou subir.

Le gouvernement précédent avait cru pouvoir diluer Polytechnique dans un gloubi-boulga universitaire, via une mission confiée à B. Attali. Or, la recherche de l’excellence ciblée et du volume généraliste ne sont pas compatibles. Le résultat a été au contraire un renforcement de Polytechnique, assortie d’une subvention de 60M€ (en fait, le budget de modernisation du campus avoisine les 250M€). Il faut ajouter à cette injection les 150 partenariats industriels finançant les chaires d’enseignement et de recherche.

En son temps, Pompidou avait cru libérer de la place pour son Ecole Normale Supérieure, en expédiant Polytechnique de la montagne Sainte Geneviève au plateau de Palaiseau, froid et isolé. Le résultat a été finalement au contraire son expansion.

Focus vers l’entreprise et l’international

L’X n’était historiquement pas orientée vers l’entrepreneuriat, mais plutôt à former des officiers de la guerre économique (école à statut militaire, nombreux corps d’Etat, serviteurs des grandes entreprises para-publiques).

Aujourd’hui, les projets innovants se développent avec « La Fibre Entrepreneur » (Drahi X Novation center, avec incubateur X-tech, accélérateur X-Up, Fab-Lab, espace de co-working, soit plus de 5000m² de locaux).

L’X développe des programmes internationaux, notamment sur le digital (IA, data sciences, cybersécurité, internet objet). Cela passe par des partenariats avec des universités scientifiques principalement américaines et asiatiques (en tout quelques centaines d’étudiants « échangés »).

Si l’X est parvenue à se moderniser, pourquoi les formations du reste de la haute administration (au sommet de laquelle trône l’ENA) n’essaieraient pas ?

*Suite à toutes ces déconvenues, C.Villani a décidé de postuler pour la mairie de Paris, quitte à affronter au sein de LREM un chouchou de la macronie.

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