Nième plan santé

Son annonce a été décalée. Voici le dernier plan santé, qui sera assorti d’une Nième loi sur le sujet. En moyenne, il y a une loi santé tous les 2 ans depuis 50 ans. Le dernier plan était celui de M. Touraine (avec le tiers payant généralisé notamment). La promesse de campagne était axée sur le reste à charge 0, alors que la France a déjà un RAC faible, et qu’il faudra le financer (si la SS le prend en charge, il faudra bien augmenter les cotisations à venir).

Comme pour le plan pauvreté, E. Macron a préempté le discours relevant d’A.Buzyn. Il grille aussi la hiérarchie qui eut voulu que le Premier ministre s’impliquât* et que le chef de l’Etat se concentrât à donner un cap général au pays. « Ma santé 2022 » rappelle l’objectif temporel du président.

Des dépenses accrues :

  • Le dérapage des dépenses de santé devrait atteindre 2,5% en 2019, à comparer à une hausse du PIB de 1,6% seulement. Cela signifie une nouvelle ponction sur le pouvoir d’achat. Ces 400M€ supplémentaires par rapport à la dérive systémique des dépenses de santé va à l’encontre des promesses d’EM de diminuer les dépenses publiques (de 60Md€), y compris sociales.
  • Le numérus clausus serait aménagé en région, mais pas abandonné comme le proclamait certains médias et même le Président. Un « numérus apertus » serait décliné en régions.
  • La création d’assistants médicaux demandés par les lobbys de praticiens. Plutôt que d’alléger les obligations administratives des praticiens, le gouvernement entend alourdir leurs frais en les poussant à recruter de coûteux assistants. On traite le symptôme plutôt que la cause.
  • Encouragement des « communautés professionnelles de santé de territoire » (sic). Ce n’est pas nouveau (maisons médicalisées, etc). Le but officieux est de transformer les médecins, pourtant libéraux, en quasi-fonctionnaires par des contraintes budgéto-administrées. Sans doute par stipulation pour autrui, le chef de l’Etat affirme que les libéraux travailleront jusqu’à 20H voire 22H. Comment y parvenir avec de simples incitations?
  • La ministre qualifie certaines dépenses de mesures d’accompagnement ou d’investissement. Un investissement est une somme produisant des intérêts. Ici, ce n’est pas du tout le cas. Les dépenses du plan santé envisagé impliquent au contraire encore plus de dépenses futures (accroissement du nombre de médecins par exemple).
  • Recrutement de 400 généralistes salariés par des hôpitaux pour servir les zones faiblement médicalisées.
  • 40 000 étudiants devant effectuer un « service sanitaire » (enseigner les premiers soins par exemple).
  • La délégation de taches (vaccination, prise de tension et de température, etc) aux pharmaciens et aux infirmiers reste à discuter avec les syndicats de médecins, hostiles supposément par argument de compétence mais en réalité par corporatisme. La preuve en est leur satisfecit à la création de 4 000 assistants médicaux pour les gestes simples. C’est bien aussi une délégation de taches, mais sous leur contrôle… partagé car ce dispositif sera réservé aux groupements médicaux.

Pas de transformation

Il ne s’agit pas d’une « stratégie de transformation » ou de « changement de paradigme » mais à nouveau d’ajustements techniques (54 mesures) d’un système pourtant à bout de souffle, de l’aveu même de la ministre. L’état déplorable de certains services (urgences, grèves en psychiatrie, …) valent mieux que du saupoudrage (augmentation de l’enveloppe « qualité de soins », forfait pour 2 maladies chroniques, …) et des mesures jacobines technocratiques (mais pas technologiques).

Paradoxalement, le Président entend fonder un « état providence du 21ème siècle ». Cette notion surannée relève des années d’occupation (Beveridge en 1942). Elle conduit à des taux de prélèvements exorbitants en France, donc à la non compétitivité économique, au chômage de masse, et finalement au mal-être, aux maladies dues à la pauvreté, voire aux suicides.

De nombreuses mesures efficaces auraient pourtant pu être salvatrices :

– fin de la Tarification A l’Acte. Cette T2A est contreproductive et pousse au contraire les établissements à multiplier les soins. On estime à 30% le pourcentage d’actes coûteux inutiles (voire dangereux);

– l’obligation de paiement aux urgences permettrait d’éviter que celles-ci soient embouteillées par des personnes souhaitant éviter le parcours de soin et son financement;

– l’obligation d’installation dans les déserts médicaux. Cette coercition est rejetée par les libéraux au prétexte qu’elle découragerait les vocations. Or, l’essentiel des effectifs de première année de médecine rêverait de ne pas être exclu, sur des motifs purement scolaires, et pouvoir servir leurs aspirations. Une affectation géographique par choix par classement de sortie serait possible mais heurterait la doxa de liberté d’installation;

– repenser les parcours de soin inutilement longs et coûteux administrativement ;

– une vraie transformation digitale. Cela suppose pour l’Intelligence Artificielle d’ouvrir les données de santé sans prétexter du secret médical et, pour la télémédecine, de franchir des tabous. Le plan prévoit une fumeuse offre santé numérique…à partir de 2021. A l’heure du digital, pousser au regroupement physique et au maintien de lourdeurs administratifs n’a pas de sens;

– revoir le financement de la santé en axant la SS sur le grand risque (ALD), les complémentaires devant monter en charge sur les autres pathologies.

Même sans changer le système, bien le gérer serait possible en évitant tous les clientélismes dénoncés dans les rapports (appartements fournis par l’APHP à des proches du pouvoir, etc). Le malthusianisme médical pousse les hôpitaux à des insuffisances en effectifs et au recrutement de libéraux en vacataires, ce qui coûte plus cher.

Encore une fois, l’ANI à peine digéré, et le reste à charge 0 pas encore absorbé, les assureurs complémentaires santé vont devoir ajuster leurs offres. Cela se rajoute également aux modifications à opérer suite à l’annonce de la « fusion » de la CMU-C et des ACS dans le cadre du plan pauvreté.

*V. Giscard, également Inspecteur des Finances et élu jeune à la présidence de la république, avait également empiété sur son Premier ministre J. Chirac, avec les suites funestes que l’on sait.

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