Où va la protection sociale ?

Chômage, santé, retraite, dépendance, logement, travail, pouvoir d’achat, … tous les dossiers sociaux sont dans l’impasse.

Arrêt de la négociation chômage

Le Medef, la CPME et U2P quittent les négociations sur le chômage. Le « patronat » ne veut pas de système de bonus-malus, ni de taxation des contrats courts. C’est le gouvernement qui devra reprendre le texte nécessaire au redressement de l’Unédic (près de 35Md€ de dettes).

Au départ, les ordonnances travail ont pu avoir un effet bénéfique sur la psychologie des employeurs. Mais la remise en cause de la barémisation par les tribunaux a refroidi l’ambiance à l’embauche. A plus long terme, le chômage se tasse légèrement depuis 2017 (aidé par la mise en place du CICE, qui revient à un allègement de charges, dans lequel il va se convertir en 2019). Avec une croissance du PIB à 1,5%, les créations nettes d’emploi couvrent à peine les entrées nettes sur le marché du travail.

La santé encore malade

La réforme santé visant à rendre « gratuit » le reste à charge est une duperie. En effet, il faut bien payer toute dépense. Les organismes complémentaires ont eu le bras tordu avant de s’exécuter. Ils n’afficheront pas que des hausses tarifaires sont causées par ce RAC0.  Les branches primaires (CNAMTS-RSI principalement) devront aussi contribuer, ce qui alourdira leurs déficits.

Calendrier oblige, le plan pauvreté et le plan hôpital sont passés inaperçus, couverts par le bruit médiatique de l’affaire Benalla (en même temps, le plan Banlieues de J.L. Borloo a été tout simplement enterré publiquement). Les hôpitaux sont au bord de la crise, notamment en psychiatrie et aux urgences (un simple passage à Lariboisière est édifiant).

Retraite et dépendance en souffrance

D.Libault (président du Haut Conseil du financement de la Protection Sociale) doit remettre son rapport sur la dépendance, suite à consultation citoyenne. Ce rapport viendra compléter la liste des innombrables contributions sans suite sur le sujet. N. Sarkozy avait mis en place une équipe sur l’autonomie, mais qui n’a abouti à rien. En général, c’est la question du financement qui bloque. L’idée de créer une cinquième branche de la SS irait à l’encontre de toute la politique d’allègements des charges sociales.

La réforme retraite a été plusieurs fois repoussée, par peur d’annoncer les modalités du système universel en points. Or, la peur est mauvaise conseillère.  Les mesures transitoires ont fait encore plus de dégâts politiques (rabot de la revalorisation à 0,3% au lieu d’environ 2% d’inflation, hausse de 1,7% de la CSG sur les rentes, etc).

Des logements en déshérence

Dans une large mesure, la politique du logement relève du social. La loi Elan n’a pas vraiment produit les effets escomptés (les nombres de permis et de mises en chantier ont commencé à diminuer). Il reste plus de 600 000 logements insalubres (dont 170 000 en région parisienne) qui ne devraient pas être occupés. Cela touche 2,1 millions de personnes selon la fondation Abbé Pierre. Les évènements à Marseille devraient alerter l’exécutif.

Le dérapage des coûts

Les mesures du 10 décembre annoncées par le Président de la République ont plombé les comptes de la Sécurité Sociale (avec notamment la suppression de certaines cotisations sociales, comme sur les heures supplémentaires). Cela signifie que les débats sur le PLFSS (comme ceux sur le PLF) sont rendus absurdes puisqu’E. Macron a modifié drastiquement les équilibres en fin de discussion. Au lieu d’un léger bénéfice (enfin), la SS (même hors Fonds de Solidarité Vieillesse) va encore afficher une perte (de l’ordre de 3Md€).

Il est possible que le « grand débat » (une consultation en réalité) résulte en des dépenses supplémentaires. Cela aggraverait à court terme les déficits sociaux et budgétaires. Une des questions centrales a été le pouvoir d’achat. Il s’accroît globalement, mais surtout pour le premier centile des Français les plus riches. Le Président de la République s’est soucié de C. Ghosn auprès du Premier ministre nippon, alors qu’il fait réprimer les gilets jaunes. Sa contremanifestation (des foulards rouges) n’a recueilli qu’un pourcent de celle en soutien à de Gaulle après mai 1968 (et encore, la population a beaucoup augmenté depuis).

Qu’il est loin l’engagement de réduire les dépenses…

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