Politiques monétaires discutées à Jackson Hole

Les grands argentiers se réunissent à Jackson Hole (Wyoming). Le seul nom du site de rencontre, le « trou du fils de Jacques », laisse pantois. Les discours des gouverneurs sont plus mystérieux encore.

Janet Yellen a expliqué l’importance de la régulation financière post-crise mais n’a pas dévoilé son rythme de remontée des taux fédéraux. La politique économique erratique de D. Trump pourrait valoir aux USA une dégradation par l’agence de notation Fitch.

M. Draghi n’a pas pu en dire plus sur la politique prochaine de la BCE, mais s’est inquiété de la tentation protectionniste de certains états.

La remise en cause des QE

La Cour constitutionnelle de Karlsruhe a été saisie à nouveau d’une plainte contre la BCE. La politique de la BCE apparaît trop laxiste à l’opinion allemande. Les Allemands ont en mémoire la période d’hyperinflation d’entre-deux guerres, qui s’est finie en drame pour l’Europe.

Le bilan de la BCE a en effet augmenté de 2000Md€ en 18 mois. La Bank of Japan est sur une pente comparable mais depuis la crise de 2009. Seule la Federal Reserve a cessé sa course à l’obésité depuis 3 ans.

Les assouplissements quantitatifs (Quantitative Easing) contournent l’interdiction faite à la BCE de monétiser les dettes d’Etat. Les traités de Maastricht et de Lisbonne ont en effet proscrit d’émettre une dette d’Etat affectée à la BCE en contrepartie d’une création de monnaie. Par les QE, la BCE finance des banques commerciales qui peuvent ensuite racheter des dettes d’Etat. Cela revient hypocritement au même.

Les pays peuvent ainsi s’endetter gratuitement grâce à la BCE, dont les profits sont reviennent en dividendes aux banques centrales nationales. Cette apparente aisance pour les finances publiques fait oublier qu’il faudra un jour rembourser les capitaux concernés.

Situation gelée à la BCE :

–          L’inflation de la zone euro est inférieure à 2%, et il n’y a plus de risque de déflation. Il ne faudrait donc pas toucher aux taux directeurs.

–          Maintenir une politique de taux zéro avec injections massives de liquidités est antiéconomique, car cette stratégie permet de financer des projets non rentables. Cela ne peut que déboucher sur une catastrophe financière. Quand les institutions financières auront essentiellement des taux bas à leur actif, toute remontée rapide ou significative des taux signifierait leur faillite.

–          L’Euro s’est revalorisé de 12% par rapport au Dollar depuis le début de l’année. Cela incite à ne pas remonter les taux. Inversement, on ne saurait les diminuer puisqu’ils sont déjà nuls (du jamais vu dans l’histoire de l’humanité, à part dans les textes sacrés où l’on ne prête à son prochain que sans intérêt, le temps n’appartenant qu’à Dieu).

–          A quel rythme arrêter le quantitative easing, voire comment rembourser les montagnes de prêts, sans freiner une activité européenne en reprise molle ?

Bref, les grands argentiers satisfont les appétits à court terme des Etats et des établissements financiers. Mais ils n’ont pas donné de manuel pour échapper à leur fuite en avant.

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