Populismes en Europe, protectionnismes au-delà

Les risques de taux, d’hypertrophie réglementaire et de rupture du digital sont intégrés dans la vie des établissements financiers. En revanche, les risques géopolitiques sont sous-estimés, comme cela a été le cas avec l’élection de Trump et le référendum du Brexit.

Populismes européens

Le sommet UE-Turquie à Varna (la 3ème ville de Bulgarie) a été un échange courtois de désaccords. En aparté, l’UE critique la dérive autocratique du « Sultan » Erdogan, qui revendique une douzaine d’îles grecques autour de la Turquie, sans parler de son maintien dans le Nord de Chypre. Mais si l’UE réagissait aux incursions en Syrie par exemple, la Turquie menacerait de laisser passer des millions de réfugiés.

Le sommet de Sofia en mai (la Bulgarie préside l’UE en ce premier semestre) sur les Balkans ne donnera rien de mieux, compte-tenu du préalable rappelé par J.C. Juncker, à savoir que les postulants à l’entrée dans l’UE règlent d’abord leurs problèmes de voisinage. Or, les pays de l’ex Yougoslavie candidats à l’intégration européenne (Serbie, Bosnie, Monténégro, Kosovo, Macédoine) n’ont même pas finalisé la paix entre eux, sans parler des voisins grecs, albanais, etc.

Le  « populisme » a gagné des parts en Allemagne avec l’AfD, ce qui a compliqué la constitution de la « Grosse Koalition » d’A. Merkel. Avec S. Kurz (ÖVP, 31 ans) comme chancelier en Autriche, l’alliance de la droite et du pan-germanique FPÖ est au pouvoir.

Viktor Orbán (du parti Fidesz qui s’est radicalisé) est en passe de se maintenir en Hongrie. La Pologne est bien nationaliste aussi, avec le président Duda qui veut réinterpréter la Shoah. Le gouvernement de la Slovaquie a démissionné suite au scandale de corruption mafieuse.

L’Italie recherche encore son gouvernement, probablement sous forme de « combinazione » improbable du mouvement 5 Stelle, et de la coalition (Ligue du Nord et Forza Italia). Ces 2 structures ont gagné respectivement la présidence de la chambre des députés et celle du Sénat. Or, ces partis ont peu d’affinités si ce n’est l’euro scepticisme et le dégagisme (le mouvement proche d’En Marche ex M. Renzi est à l’arrêt).

En Grèce, l’extrême gauche de Syrisa du Premier ministre Alexis Tsípras finit par être acceptée.

C. Puigdemont a été arrêté en Allemagne. Le gouvernement de M. Rajoy et sa majesté, tous deux issus du franquisme, sont dans l’impasse tout autant que la Catalogne. Pour gouverner, le Parti Populaire de M. Rajoy a besoin de la minorité basque, qui est favorable à l’autonomie des régions. La brutalité de la répression risque de coûter cher des 2 côtés. Le dégagisme pourrait profiter au parti centriste Ciudadanos, largement en tête des partis.

Le Brexit traduit un sursaut populiste, même si UKIP est resté marginal aux législatives. T. May est coincée politiquement. Après sa dissolution ratée, sa majorité ne tient qu’au ralliement des unionistes irlandais du DUP. Cela a impliqué d’éviter une frontière entre Ulster et Eire, au prix de l’acceptation temporaire du droit européen en Irlande du Nord. Cela signifierait que Belfast n’est plus soumis au droit de Londres, mais au même droit que Dublin. Sans l’afficher, ce serait le début du rattachement de l’Ulster à la République d’Irlande, et donc la fin du Royaume-Uni.

La campagne démarre pour prendre la présidence de la commission après les européennes de 2019 (avec M. Barnier, s’il estime que la négociation du Brexit est un succès). Mais sur le fond, les nouvelles étapes dans la construction européenne achoppent. E. Macron prêche pour des avancées européennes (renforcement de l’Union Bancaire, Migrants, Défense, Intelligence Artificielle, Changement climatique, …) entre des eurosceptiques et des europhiles convaincus, mais empêtrés dans leurs problématiques nationales.

Protectionnismes dans le monde

D.Trump n’est pas le seul à prôner une politique protectionniste dans le monde. Xi Jinping, pratiquement élu à vie, peut déployer ses nouvelles routes de la soie jusqu’à l’Europe, sans abaisser ses propres barrières bureaucratiques.

La Corée du nord va faire semblant de se retirer du nucléaire pour que l’étau chinois se desserre. Chacun proclamera que la victoire lui incombe, à commencer par D. Trump. Sa tension avec la Chine va redoubler (il a abandonné provisoirement ses menaces protectionnistes vis-à-vis de l’UE).

La Syrie, la Libye et le Yémen expérimentent l’apocalypse. L’Iran et l’Arabie saoudite s’affrontent sur des champs de bataille à proximité. L’Egypte a connu un simulacre d’élection où A.F. Al-Sissi était réélu d’avance (à 97%), faute de concurrent. En Ethiopie et au (x) Soudan (s), les tensions persistent. L’eau et le pétrole ne seront bientôt plus suffisants pour éviter un embrasement général de la ceinture de feu islamique. Par ses échanges, notamment migratoires, l’Europe sera en première ligne.

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