Pouvoir d’achat – fiscalité = crise sociale

Les chiffres de l’INSEE sur le pouvoir d’achat sont trompeurs. Non pas que les calculs soient faux (la méthode est conforme aux standards d’Eurostat, les calculs sont justes, etc), mais ils ne correspondent pas au ressenti des citoyens. Plusieurs raisons à cela, notamment :

  • Si globalement certains y gagnent (les plus riches avec la transformation de l’ISF en IFI notamment), le gain n’est pas équitablement réparti.
  • Les chiffres de l’inflation peuvent exclure certains éléments (comme le tabac dont les taxes ont augmenté).
  • Ils comparent l’évolution du prix du même produit. Or, dans le temps, la consommation s’oriente sur des produits de plus en plus sophistiqués (comme dans le digital).
  • Les chiffres prennent en compte le prix des locations, mais pas le coût de revient de l’immobilier (considéré comme un investissement), qui est pourtant un poste majeur de dépenses.
  • Une partie des bénéfices pour les contribuables (allègement de cotisations sociales et de taxe d’habitation par exemple) repartent dans les hausses des autres taxes.

L’effet de ciseaux entre les revenus qui stagnent (revalorisation des retraites, des APL et des allocations familiales de 0,3% seulement, contre 2,2% d’inflation officielle selon l’INSEE), et les prélèvements qui augmentent, a sapé la confiance des classes moyennes et laborieuses en ce domaine. Pour ceux qui ne sont pas mensualisés, les feuilles de paie nettes du prélèvement à la source en 2019 pourraient aggraver cette sensation de régression optique du pouvoir d’achat.

Des prélèvements accrus

La hausse de la CSG a été mal perçue par les retraités et insuffisamment compensée pour les fonctionnaires. Surtout, sont venues s’y adjoindre des hausses typiques du vieux monde (tabac, hydrocarbures, timbres, cartes grises, prix de PV, etc).

Les frais bancaires et des mutuelles santé (pour financer le reste à charge zéro et la hausse du forfait hospitalier) connaissent aussi de fortes hausses.

Même si leurs motivations sont multiples, le mouvement des gilets jaunes est parti de la hausse des hydrocarbures. L’automobiliste a subi les hausses des PV, plus nombreux avec l’abaissement à 80 km/h, de la carte grise, de l’essence et du gazole, et dans une moindre mesure des frais d’assurances. Les hydrocarbures (essence, diesel*, fioul*) sont particulièrement taxés (Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Energétiques, TVA, Taxe carbone). In extremis, le pouvoir en place a dû annoncer des mesures de tempérance, voire a reculé, comme sur les péages urbains.

Un quinquennat en difficulté

Les promesses électorales quantitatives d’E. Macron ne sont pas tenues à ce stade (dette proche de 100% du PIB, montants des prélèvements et des dépenses publiques en hausse, déficit structurel et chômage qui ne baissent pas, etc). Il aurait en effet fallu rendre plus efficace la dépense publique, ce qui suppose d’alléger d’abord les contraintes administratives improductives. La réduction d’effectifs de 120 000 postes dans les fonctions publiques n’est pratiquement pas entamée. Comment dans ces conditions baisser les prélèvements obligatoires ?

On pourrait interpréter les manifestations comme de l’impatience, si les réformes produisaient les résultats dans le sens attendu, mais trop lentement du fait des lourdeurs institutionnelles. Mais ici, les résultats ne vont pas dans le bon sens et l’insatisfaction risque au contraire de croître dans le temps.

Il faudrait une accélération du PIB. Or, les nuages sont là (risque de hard Brexit, impact des mouvements sociaux, géopolitique, etc) qui menacent le maigre 1,6% de hausse du PIB en 2018 (contre 2,3% en 2017). La seule bonne nouvelle récente est la baisse du prix du baril, grâce au ralentissement chinois et à la mansuétude de D. Trump sur l’Iran (certaines exportations pétrolières persiques sont permises). Xi Jinping et D. Trump réunis suffiront-ils à sauver E. Macron ?

*de R. Diesel, qui a perfectionné le moteur à auto-inflammation au gazole, de l’ingénieur Beau de Rochas. Encore une recherche théorique française qui bénéficie en pratique à l’industrie allemande.

« Fioul » de l’anglais fuel, qui vient du franco-normand fouaille, à savoir qui alimente le feu.

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