Privatisations très amiables

L’Etat annonce une vague de « privatisations » (ADP, FDJ, ENGIE, etc). Le montant visé (10Md€) apparaît bien faible au regard des campagnes de cessions passées (sous Chirac, Balladur ou surtout Jospin). La Cour des Comptes ayant jugé l’Etat mauvais gestionnaire, le Gouvernement en profite pour se désengager et financer ainsi ses investissements dans l’innovation.

Pas d’impact sur le budget

Jusqu’à présent, les montants des privatisations ont abondé les fonds de réserve des retraites (FRR, dont le directoire est présidé par le DG de la CDC) ou sont venus en remboursement de la dette. Ici, il s’agirait de financer un fonds de 10Md€ d’investissements dans les nouvelles économies. Sur un quinquennat, 10Md€, c’est l’épaisseur du trait. Pour éviter les prébendes, les passes droits, les copinages, il conviendrait aussi de définir des critères d’investissement.

Les montants de cess privatisations ne peuvent pas diminuer le déficit public plafonné à 3% du PIB, selon les normes européennes. Mais les dividendes correspondants aux actions cédées ne viendront plus abonder les comptes de l’Etat les années suivantes.

Privatisations ?

La terminologie officielle préfère évoquer de simples cessions de participations. Or, pour Aéroports de Paris par exemple, il s’agit bien de la cession de la majorité du capital, donc d’une privatisation. L’Aéroport de Toulouse est jugé stratégique pour la France, mais pas ceux de Paris ? En réalité, c’est plutôt que la privatisation d’ADP rapporterait plus de 8Md€. Cela signifie un manque à gagner ultérieur, et surtout ADP est un monopole rentable.

Un opérateur privé pourrait fixer des tarifs en hausse. Il faut donc un appel d’offre pour les candidats à la reprise avec un cahier des charges strict. Il faut éviter de brader les conditions de vente, comme cela avait été le cas pour les sociétés d’autoroute. Enfin, l’aéronautique pose aussi la question de la participation dans Air France-KLM, dont les déboires illustrent les contradictions de l’Etat actionnaire.

La FDJ était conservée, un peu comme les ventes de tabac au motif que la vente de drogues devait être contrôlée. Or, il faut distinguer les rôles de superviseur, de régulateur, et d’exploitant. L’Etat est légitime pour les 2 premières fonctions, mais pas pour la 3ème. Cette privatisation ne changera pas fondamentalement les gains publics. L’Etat gagne moins de la FDJ par ses dividendes que par les taxes sur les jeux.

Par le passé, les participations de l’Etat (donc le contribuable) ont subi des pertes considérables (Charbonnages de France, Renault, SNCF, SFP, Crédit Lyonnais, SNCM, …). Cela a été récemment marquant dans l’énergie (EdF, ex GDF Suez, etc). Pour Engie, l’Etat s’allègerait après avoir interféré dans la nomination de son président. Dans l’énergie, maintenant qu’Areva a été restructurée dans de nouvelles dénominations, et a soldé le contentieux avec la Finlande, il faut en tirer les conséquences financières.

Orange est également citée dans les allègements possibles. Ce serait naturel, maintenant que le feuilleton Bouygues Telecom est clos et que le développement d’Orange banque est sur les rails.

La finance oubliée ?

Quelle est la pertinence à conserver pour l’Etat des actions CNP qui s’internationalise, noue des partenariats privés et qui a perdu les nouvelles souscriptions des Caisses d’Epargne ? Le mécano financier global entre la CDC et La Poste est globalement à revoir. Leurs patrons respectifs ont exposé leurs propositions. L’Elysée doit maintenant trancher. Pour l’heure, le gouvernement souhaite revoir la gouvernance de la CDC pour qu’elle soit plus à sa main, et moins dans celles de parlementaires. Cela renforcerait l’hypertrophie française de son exécutif, au détriment du Parlement.

Dans l’assurance, UAP, AGF et GAN ont toutes été absorbées suite à leur passage par la case nationalisation. Dans la banque, l’Etat avait dû supporter des pertes avec le Crédit Immobilier de France, Dexia, et le Crédit Lyonnais.

Quelle politique publique ?

Il est étrange que la politique économique de l’Etat (ici, sa participation aux capitaux des entreprises innovantes) soit dictée par un besoin comptable. Les taux d’emprunts d’Etat étant proches de zéro, il peut se refinancer aisément. Il n’a donc pas besoin de caler les ventes à ses projets d’investissements.

On ne saurait justifier les privatisations par le financement d’un fonds. En réalité, il s’agit de décisions politiques ciblées. En réalité, si le gouvernement croit vraiment aux bienfaits de ces allègements, il pourrait faire 6 fois plus de cessions.

Comme les ordonnances travail, qui étaient la poursuite des lois El Kohmri, les « privatisations » étaient déjà dans la tête du ministre E. Macron (il a été notamment en conflit avec le PDG de Renault-Nissan, et en friction avec Vallourec). Il s’agit donc de décisions politiques, optimisant la communication du Gouvernement. Le ministre de l’économie a même tenté de faire passer la cession de la majorité de STX à Ficantieri pour la création d’un Airbus des chantiers navals.

Dans une holding, on procéderait en 3 étapes :

1/ Recenser dans un seul document ce que l’Etat détient : via l’Agence des Participations de l’Etat, via des Directions Centrales (DG Trésor notamment), ou qui sont en gestion par la Caisse des Dépôts, y compris les participations de la BPI. Aux SA, EPIC, EPA, SA d’économie mixte et autres établissements publics, il faut encore ajouter au patrimoine public l’immobilier (dont le rythme de cession pourrait être accéléré grâce à un marché porteur), les biens des collectivités locales et hospitalières (y compris les logements d’amis), et bien d’autres détentions.

2/ Soumettre aux politiques pour clarification. En effet aujourd’hui, l’Etat est conflicté entre privilégier l’intérêt général (garantir l’équité entre acteurs versus privilégier sa filiale), l’intérêt particulier de l’entreprise (préservation de l’emploi versus rentabilité), et son intérêt (versus la pérennité de l’entreprise).

3/ Ensuite seulement, l’Exécutif devrait mettre en œuvre. Le Gouvernement a commencé par cette 3ème phase.

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