Quels taux servis pour 2017 ?

Depuis quelques années, le taux servi du marché baisse en moyenne de 0,3% sur les fonds euros des contrats d’assurance vie. Comme le taux moyen servi en 2016 a été de 1,8%, l’extrapolation de cette tendance baissière donnerait 1,5% au titre de 2017. En outre, ces taux sont bruts de prélèvements sociaux (accrus à 17,2% sur le stock, versus un prélèvement global de 30% forfaitaire sur certains flux).

Le taux qui traditionnellement donne le « la*» est celui de l’Afer (qui sera annoncé le 16 janvier). Si ce n’est que, par prudence, depuis quelques années, une partie du taux AFER part en dotation à la Provision pour Participation aux Excédents (PPE).

Les premiers taux communiqués sont généralement ceux « en tête de gondole ». Les taux moindres attendent la masse des publications pour être plus discrètement diffusés. Les bancassureurs se permettent traditionnellement de verser des taux de participations aux résultats plus faibles.

Vers un taux réel nul ?

Cette baisse des rendements, qui s’approchent du taux d’inflation (1% en 2017, mais 1,2% en tendance en fin d’année), explique des collectes parfois moins exceptionnelles que par le passé (et même une collecte nette négative en novembre). En extrapolant les tendances, les taux servis au 31/12/18 risqueraient d’égaler l’inflation. Cela signifierait le service d’un taux nul, net d’inflation, sur les fonds en euros.

Pour autant les encours (1679Md€* à fin novembre 2017 de provisions mathématiques et de provisions pour participations aux excédents) continuent de croître, tel un paquebot sur sa lancée, mais en décélérant (+4% sur un an). Ce ralentissement n’inquiète pas les assureurs. Ce qui profité aux assureurs en épargne est l’encours en unités de compte (28% des cotisations). La part des unités de compte dans les encours a connu une progression confirmée, compte tenu de la hausse des marchés financiers et immobiliers.

L’ACPR persiste à préconiser la modération dans les taux servis, ce qui est conforme à son objectif prudentiel, mais qui heurte son devoir de défense des intérêts des assurés.

4 ans à vivre ?

A plus long terme, l’évolution des fonds euros dépend des scénarios de taux d’intérêts :

  • En cas de stagnation à de faibles niveaux, les taux continueront mécaniquement à baisser au niveau des taux de marché moins les marges (chargements et marge pour risque). En 2018, la BCE continuant un quantitative easing (à 30Md€/mois), les taux devraient être proches de zéro, nets d’inflation.
  • En cas de hausse régulière, le scénario préféré des établissements financiers, les taux de participation aux bénéfices (qui sont fonctions du taux moyen sur le stock) connaîtront un effet retard par rapport aux taux de marché « spot ». Le risque réside alors dans une collecte nette durablement négative.
  • En cas de remontée rapide, scénario cauchemardesque que la finance préfère minimiser, les impacts ne seront pas linéaires. Les assureurs disposent aujourd’hui de matelas de PPE, de plus-values latentes (en comptabilité historique), et de surplus en capital (en solvabilité 2), leur permettant d’encaisser sans impact visible une hausse de taux de 200 points de base. Au-delà, des impacts considérables apparaîtraient (pertes voire faillites, gel des capitaux,…).

Si l’on évite ce dernier cas catastrophique, certains grands assureurs ont évalué à 4 ans le temps qu’il reste à vivre au business model des fonds en euros. Il est temps de mettre en place un nouveau type de contrats, à mieux calibrer que les fonds Eurocroissance. L’opportunité en est donnée en complément aux réflexions en cours sur la refondation des régimes de retraite et compte tenu des réflexions européennes concernant les « Pan-european personal pension product ».

*Référence logique pour son président, Gérard Bekerman, mélomane accompli.

**https://www.ffa-assurance.fr/content/assurance-vie-collecte-nette-negative-en-novembre-2017-0

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