Quid après l’échec de l’Union Européenne ?

La construction européenne a fait rêver, avec le point d’orgue de la chute du mur de Berlin en novembre 1989. L’UE a sous-estimé le rôle central rendu à l’Allemagne aux dépens des autres membres (qui ont financé les nouveaux états d’Europe Centrale et Orientale pour en faire des ateliers de l’Allemagne). Cette prédominance allemande, qui est fédéraliste, non interventionniste, et demandeuse de travailleurs immigrés, a contribué au Brexit.

L’UE ne garantit pas la paix

L’UE a prétendu être la garante de la paix (même si en pratique, c’est l’OTAN qui l’a été). C’est une guerre froide qui semble ressurgir en Crimée et plus largement en Ukraine, et même en Syrie (Russie pro Assad contre Occident anti Assad). Comme autrefois (notamment au Viêt Nam de 1955 à 1975), l’affrontement est indirect. L’UE s’est montrée en réalité impuissante dans l’ex-Yougoslavie, le Caucase, et aujourd’hui en Ukraine. La Crimée est particulièrement symptomatique puisque sans Union Européenne, l’alliance franco-britannique avait fait reculer les Russes (avec la prise de Sébastopol en 1855).

Plus insidieusement, la montée en charge du terrorisme (qui relève plus de la guérilla que de la guerre frontale), par des initiatives individuelles du Président français (au Mali et en Syrie), doublée d’une immigration subie (du fait de l’ouverture unilatérale d’Angela Merkel), ne donne pas aux européens le sentiment d’être en sécurité. Un minimum de concertation avant les initiatives irréfléchies apparaît indispensable à la survie de l’UE.

L’UE ne garantit pas la prospérité

L’UE est en situation de stagnation, face aux USA qui maintiennent leur dynamisme et face aux géants asiatiques (Chine, Inde). Le chômage de masse est patent. L’UE a laissé faire la désindustrialisation, en se disant à Lisbonne que l’on se rattraperait sur l’économie du savoir. Or, on ne sait que si l’on fait.

L’UE n’a pas voulu voir en face le Brexit, officialisation de cet échec. Aujourd’hui la réponse de Bruxelles est d’aller plus avant dans la politique qui a échoué (par processus bureaucratiques centralisés), alors que le bon sens commande au contraire de réajuster les politiques à bout de souffle (QE de la BCE qui a atteint ses limites, Schengen troué par des réflexes d’auto-défense nationales, Défense pas mutualisée,…).

Une nouvelle UE est nécessaire

Chaque pays européen est trop petit pour peser économiquement face aux géants américain et asiatiques. Elle n’arrive même pas à peser militairement face à la Russie (ou à la Chine dans sa mer éponyme). Il faut réformer les institutions en :

– tenant compte du nombre des membres (elles avaient été faites pour 6 membres pas pour 27). Simplifier les processus de décision (le processus de feu Lamfalussy, supposé « accéléré », a mis 15 ans à mettre en œuvre solvabilité 2) plutôt que la multiplication -de complaisance- des présidences. Il faut anticiper et planifier l’intégration (ou la coopération renforcée) des républiques de l’ex-Yougoslavie non membres et de l’Albanie.

– respectant le principe de subsidiarité, pour ne pas rajouter une couche administrative. L’UE ne devrait se concentrer que sur les sujets qui font plus sens au niveau continental (sécurité, libre échange et libre circulation, environnement, convergence des normes fiscales et sociales, monnaie, …).

– révisant la politique monétaire et financière. Francfort est juge (de la liquidité des établissements) et partie (émet de la monnaie). En appuyant sur le frein (Bâle 3) et l’accélérateur (QE), on obtient de la surchauffe sans avancer. Il faut surtout remettre les bœufs avant la charrue, à savoir définir une convergence fiscale, sociale, économique, financière avant d’avoir une monnaie unique. La finance européenne est dominée par Londres, même si sa régulation est désormais à Francfort. Cette tête de pont ne pourra être challengée que si une offre coordonnée est construite intra-UE.

– adaptant la politique migratoire, face aux afflux économique, climatique et politique sans limite. Ces Schengen II et Bolkenstein II ne seraient pas une question identitaire, mais un préalable pour définir l’espace d’échanges de biens et de services. Cela n’exclut pas les pays proches, même hors Europe (d’ailleurs 14 pays africains de la zone CFA sont adossés à l’euro sans prendre part à sa gouvernance).

– clarifiant les relations avec la Turquie et la Russie (avec des accords économiques plutôt que de vaines promesses d’intégration). Maintenant que le RU -sous-marin des USA- quitte l’UE, cela devient faisable. Il faut renégocier les traités avec les USA (en refusant TTIP en l’état) et la Chine. Il faut surtout se doter, sinon d’une illusoire armée européenne, du moins d’une coordination et d’une mutualisation des efforts indépendamment de l’OTAN.

Ne pas prévoir, c’est déjà gémir disait Leonardo da Vinci. Ne pas prévoir de réformer de l’UE, c’est se condamner à subir sa déliquescence.

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