Réformes : le soufflé retombe

Le pouvoir en place mène ses réformes (« transformations » dans la terminologie d’En Marche) tambour battant. Néanmoins, les réalisations sont encore en deçà des promesses :

–              La réforme globale de la fonction publique a été annoncée. Au lieu de simplifier, le gouvernement commence par la création d’une commission (CAP22). Pour curiacer* les résistances, il ne s’attaque d’abord qu’à la SNCF. Et encore, la mise en réduction du statut pour le stock des cheminots mettra près de 40 ans.

–              La réforme des régimes de retraites est soigneusement repoussée par des débats chronophages. Et encore, si elle ne s’applique qu’aux flux, elle mettra également 40 ans à être pleinement en vigueur.

–              La réforme de la santé prévoyait la suppression des restes à charge (« RAC 0 »). En fait, cela ne concernerait que de l’ordre d’un quart des soins aujourd’hui restant à charge.

–              L’indemnisation du chômage ne devrait couvrir que 3% des démissionnaires (la promesse de campagne d’indemniser les démissionnaires était d’un coût prohibitif). Quant à la gouvernance de l’Unédic, son passage officiel du paritarisme au tripartisme (voire sa nationalisation) semble tombé aux oubliettes.

–              Le service universel obligatoire ne devrait finalement être que marginalement militaire, et même partiellement obligatoire (pas de poursuite en cas de non-exécution).

–              La diminution des dépenses (le budget a crû de +1% en réalité) ne semble être qu’en pourcentage du PIB, grâce à la croissance de ce dernier (+2% pour 2018 comme en 2017).

–              La hausse du pouvoir d’achat devrait être toute relative. Outre ceux qui y perdront (retraités notamment), les croissances des impôts, des taxes parafiscales et d’autres tarifs réglementés viennent amputer cette hausse du pouvoir d’achat. Certes, d’autres allègements de cotisations sociales et taxes (d’habitation notamment) vont entrer en vigueur. Mais « en même temps », des rumeurs de nouvelles taxes se propagent : éco-taxe à renommer (pour ne pas froisser les bonnets rouges) afin de financer la SNCF, taxe pour combler les besoins du Grand Paris,…

–              Les promesses de réformes européennes d’EM (listes transnationales par exemple) n’ont pas tenu compte des réalités (plusieurs pays européens basculant dans le populisme).

–              L’obtention des JO de Paris 2024 a été finalisée, mais les réseaux de transports du grand Paris sont repoussés. La promesse de Paris Expo 2025 a été enterrée.

–              La réforme constitutionnelle tourne au bras de fer avec le Sénat. Par exemple, pourquoi une division par 2 du CESE ? S’il le juge redondant, le Président pourrait proposer sa suppression ?

–              Les promesses de développements économiques sont compromises (recul sur Notre Dame des Landes). Celles sur les cessions de participations (ou privatisations) sont repoussées ou finalement non retenues (10,01% de l’Etat conservés dans l’aéroport de Toulouse).

–              Les promesses écologiques ne seront pas tenues (centrales nucléaires et projet d’enfouissement à Bure maintenus).

–              La moralisation de la vie politique a été très en-deçà des attentes générées. La réforme constitutionnelle comblera-t-elle cette frustration ?

Vues des entrepreneurs, les transformations politiques vont globalement dans le bon sens. Mais était-il opportun de promettre ce que l’on savait ne pas pouvoir tenir financièrement ou politiquement à court ou moyen terme?

*Même si EM ne se conçoit pas en Horace mais en Jupiter.

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