Saga Africa

E. Macron fait sa tournée africaine. Elle comprend un discours au Burkina Faso, un sommet Union africaine-Union européenne en Côte d’Ivoire, puis une visite au Ghana anglophone (mais entouré de francophones : les 2 pays précédents et le Togo).

« Saga Africa », comme dirait Yannick Noah, capitaine de l’équipe de France, victorieuse pour la 10ème fois de la coupe Davis (1er pays ex-aequo avec le RU). Mais attention, notre ancien champion à Roland Garros sous-titrait « ambiance secousse ».

Françafrique et clientélisme

Certains croisent les doigts pour qu’E. Macron ne réitère ni son qualificatif de « crime contre l’humanité » concernant la colonisation, ni ses propos sur l’impuissance face à la natalité en Afrique. Son propos sur les 132 ans d’occupation française en Algérie se voulaient démagogique vis-à-vis de ce pays. Mais se rapprocher de l’Algérie peut signifier diplomatiquement s’éloigner du Maroc et de la Tunisie.

Encore un président qui prétend tourner le page de la Françafrique, finançant les campagnes politiques, y compris sous Giscard (grand amateur d’africains), courant dont descend EM. Même si les poursuites judiciaires sont sans lendemain concernant les affaires de financement (Algérie, Gabon, Lybie,…), elles restent en filigrane.

Quel positionnement pour la France ?

Il reste que la France garde une influence protéiforme en Afrique:
– D’abord militaire avec la guerre au Sahel (opération barkhane), une opération en Lybie (qui aujourd’hui pratique à nouveau l’esclavage), et des interventions en Centrafrique et bien d’autres pays anciennement coloniaux. La France dispose ainsi d’environ 10 000 soldats toujours stationnés (y compris les « Opérations Extérieures ») en fonction d’ « accords spéciaux ».
– Politique (avec des interventions supposées lors de nombre d’élections).
– Culturelle et linguistique. La francophonie pourrait passer à 750 millions de personnes et rivaliser à nouveau avec les autres langues dominantes (anglais, arabe, mandarin, espagnol).
– Financière avec le Franc CFA, qui apparaît à certains comme un héritage colonial. Mais cette vision est idéologique : le Franc n’existe plus, et le Franc CFA est quand même un facteur de stabilité monétaire régional. Les aides et prêts ne sont pas forcément remboursés ou du moins souvent rééchelonnés. Pendant le même temps, l’investissement français privé en Afrique est limité. Des opportunités sont donc à saisir pour les amateurs de contra-cyclicité (par exemple en Tunisie).
– Economiquement, d’autres pays ont récemment plus progressé dans leur présence en Afrique, notamment la Chine. Celle-ci commerce sans interférer sur les régimes politiques.

Le défi démographique

Le double choc démographique et climatique pose le défi de l’immigration massive, terreau des extrémismes. L’intégration a ses limites, et d’autres situations existent (multiculturalisme à Londres, « melting pot » aux USA, minorités maltraitées dans d’autres pays). En Europe, l’Allemagne présente un système de développement local en Europe de l’Est, discrètement devenue l’atelier de l’Allemagne.

Après la Chine, puis à présent l’Inde, la population africaine explosera de 1,2 aujourd’hui à 2,5Md d’habitants en 2050 d’après l’INED. La ville la plus peuplée au monde sera alors Mumbai (l’ex Bombay -« bonne baie » en Portugais-, où la France pourrait d’ailleurs réveiller ses liens avec des villes autrefois comptoirs). Mais Kinshasa est déjà la première ville francophone au monde, ex-aequo avec Paris, sans compter Brazzaville, de l’autre côté du fleuve Congo. Il ne faut pas négliger non plus les autres mégapoles comme Lagos (EM avait fait un stage au Nigéria).

L’administration française est déjà dépassée (16 500 éloignements exécutés pour 92 000 éloignements prononcés en 2016). Accepter plus de réfugiés a coûté politiquement cher à A. Merkel. On peut imaginer une autre voie.

Changer d’approche

La France garde une approche d’aide notamment avec l’Agence française de développement (AFD). La devise anglo-saxonne « trade not aid » devrait inspirer les dirigeants. L’aide revient parfois à prendre des pauvres des pays riches pour donner aux riches des pays pauvres. La philosophie confucéenne enseigne également qu’il vaut mieux apprendre à pécher que de donner un poisson.

Dans un monde digitalisé, c’est perdre du temps que d’aider à moderniser des systèmes en voie d’être dépassés. Par exemple en finance, pas besoin de généraliser des guichets alors que l’on peut développer directement la banque sur téléphone mobile et tablette (par exemple, certaines banques, aux tarifs prohibitifs pour transférer de l’argent, sont concurrencées par des systèmes aujourd’hui 10 fois moins chers).

Pour la France, c’est une raison supplémentaire de changer la 5ème République, son atonie économique, ses déficits, son anomie sociale et son chômage structurel massif. En effet, la Constitution date du 4 octobre 1958, à l’époque de l’empire colonial. Ne serait-il pas temps de passer à une constitution adaptée au monde actuel, en tant que membre d’une UE, dans un monde multipolaire et digital ?

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