Trou de 2900Md$ aux USA, une chance pour l’Euro ?

Pour son Noël, D. Trump avait arraché une baisse des impôts de 1400 Md$ sur 10 ans, notamment une baisse promise de l’IS, de 35% à 21%. Certaines estimations donnent un chiffrage double en manque à gagner pour les budgets américains à venir (2800Md$ de déficits supplémentaires en 10 ans). Les chiffres sont fonctions des impacts attendus, notamment en matière de surcroît de croissance induite.

D. Trump veut en outre dépenser 1500Md$ de rénovation des infrastructures, comme également promis durant sa campagne. Au total, ce serait une fuite en avant, avec un déficit aggravé au minimum de 2900Md$ sur 10 ans (soit 15% du PIB). La dette publique est déjà d’environ 125% du PIB, dont plus de 105% pour l’échelon fédéral (le reste étant des dettes des états ou à l’échelon local).

Penser que les USA pourraient faire faillite n’a pas grand sens car les USA se financent en dollars, c’est-à-dire largement au détriment de la planète. En effet, en faisant baisser le billet vert (qui est déjà tombé à 1€=1,25$), les USA font payer une large partie aux étrangers, détenteurs de dollars.

La déclaration de D. Trump à Davos en faveur du dollar a été perçue comme nulle et non avenue par les marchés. Dans ce contexte de déficits publics et commerciaux, le dollar va s’effriter encore.

Cette relance budgétaire déprécie le dollar. Les importations deviennent plus onéreuses et l’inflation s’accroît (2,1% sur un an). La Federal Reserve devra donc augmenter ses taux directeurs, et le pays accélèrera sa décélération économique en conséquence. Les taux augmentant, les valeurs mobilières seront tirées à la baisse, alors que les fondamentaux économiques restent bons.

Le calendrier est étonnant. Pourquoi un grand plan « keynésien » de relance par la dépense publique alors que les USA connaissent encore de la croissance (+2,6% au dernier trimestre) et un taux de chômage très bas (moins de 5%) ? Pourquoi s’engager à emprunter massivement pendant 10 ans alors que les taux ont commencé à s’élever ?

D. Trump met à exécution sa promesse électorale d’injecter 1500Md$ dans les infrastructures. L’approbation des Républicains n’est pas acquise, car l’excès de dépense publique est contre leur nature. Les Démocrates ne sont pas favorables à D. Trump, mais devraient se réjouir de dépenses publiques de type « New Deal ».

L’entretien des réseaux publics semble nécessaire aux USA. Il est aussi à la mode en France (au détriment des grands projets d’infrastructures). Les partenariats publics privés seraient pourtant une opportunité de lancer également des grands chantiers, promis et programmés de longue date.

Les conséquences sont les risques : d’affaiblissement du dollar, d’accélération de l’inflation, du relèvement des taux directeurs de la Réserve Fédérale, de dépréciation des marchés obligataires et actions. Ce ne serait pas la première fois que des problèmes financiers américains contaminent le monde entier. Le cas le plus connu restant 1929, et la crise mondiale qui s’en est suivi.

La volatilité mondiale des marchés financiers a repris la semaine dernière. Ce n’était sans doute que le hors d’œuvre.

Une chance pour l’Euro

L’affaiblissement du dollar est l’occasion pour l’Euro de continuer à pousser ses pions en tant que devise mondiale (de réserve, d’échange et de mesure), notamment en Afrique, ce qui est déjà le cas en zone franc, et en Asie, par un rééquilibrage des paniers de devises de références.

19 pays sont membres de la zone euro. En fait, plus de pays utilisent de fait l’euro. Le Monténégro et le Kosovo, et divers confettis (cité vaticane, San Marin, Monaco, Andorre, et certaines dépendances de pays européens) utilisent l’Euro sans participer à la gouvernance de la zone monétaire. Il faut aussi ajouter les 15 pays des 2 zones Franc en Afrique (1€=655CFA) et la zone Franc Pacifique.

Les critères de convergence pour intégrer la zone euro comprennent l’ « European Exchange Rate Mechanism » (ERM II). Mais les textes les plus connus sont le pacte de stabilité de croissance et le traité de Maastricht de 1992. Si l’on excepte le Royaume-Uni qui quitte l’UE et le Danemark qui remplit les critères mais refuse l’Euro (comme les Suédois), il y a potentiellement 6 pays qui pourraient rentrer dans la zone Euro. Parmi eux, la république Tchèque ferait sens (la Slovaquie est déjà membre) ainsi que la Croatie (la Slovénie est membre depuis 11 ans). Pour la Pologne et la Hongrie, le climat politique avec l’UE n’est pas aujourd’hui apaisé. Quant à la Roumanie et la Bulgarie, cela supposerait un effort de convergence économique.

Avant de proposer de nouvelles couches d’instances européennes (ce qui sera difficile avec une gouvernance allemande affaiblie), l’UE pourrait déjà consolider l’existant, comme l’Union bancaire et la zone euro.

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