Vème République : 60 ans de gabegies

Le 4 octobre, nous commémorons les 60 ans de la création de la Vème république. Combien faudrait-il pour redresser la France, après les 45 ans consécutifs de déficits qui en ont résulté ? Quelques éléments pour donner un ordre de grandeur :

  • Pour respecter les normes européennes, et tout simplement par saine gestion publique, il faut faire repasser la dette publique en dessous de 60% du PIB. Cela représente 40%*2300Md€= 920Md€.
  • Il faut rembourser les dettes sociales (dont 120 Cades, 35 Unedic), et les engagements sociaux de l’Etat (2140Md€ pour la seule retraite des agents publics, selon le jaune budgétaire pour 2018).
  • Il faut provisionner les engagements publics insuffisamment reconnus et aujourd’hui mal chiffrés. Par exemple vis-à-vis du nucléaire, au bas mot 100Md€ d’insuffisance de provisions sur le grand carénage, les démantèlements, les litiges EPR, etc.

Pour ne prendre que ces 3 lignes, le total s’élèverait déjà à 3 315Md€ (environ le PIB de l’Allemagne).

Vers la faillite de la Vème République ?

Ceux qui prétendent qu’il ne faut pas se soucier de la dette nous trompent. En effet, les taux ne sont nuls que pour l’instant, et la BCE ou l’UE ne pourvoiront pas au défaut de la France comme ils l’ont fait pour la Grèce (où le problème n’est d’ailleurs que différé). La BCE, l’UE et le FMI n’auraient de toute façon pas les fonds pour un plan de sauvetage d’ampleur, même pour l’Italie dont le PNB est 8 fois celui de la Grèce. Alors pour la France dont les dettes souterraines sont bien plus importantes, c’est totalement hors de question.

La crise de 2008 a entrainé un recul de 20% du PIB grec et un chômage à 30%, alors même que des refinancements ont été négociés avec la Troïka. Pour la France, faute d’être secourable depuis l’étranger, ce serait une chute bien supérieure. Cela signifierait une nouvelle révolution. Celle de 1789, contrairement à ce que prétendent les livres d’histoire (s), a été une catastrophe pour la France (massacres, guerres napoléoniennes, perte de la prédominance du français, etc). Sans la France, l’UE, qui a déjà perdu le Royaume-Uni et est gangrené par les populismes, n’aurait plus l’assise pour survivre.

Que faire ?

Pour éviter cela, il faut prendre les devants en :

  • Transformant les engagements de l’Etat à l’égard de ses retraités (actuels et futurs). C’est la mesure la plus discrète, mais l’objectif le plus important à tenir de la réforme des retraites. Passer de 2140 à 1380Md€ d’engagements à la faveur de la hausse des taux, ferait économiser 760Md€.
  • Laissant augmenter les taux d’intérêts, ce qui abaissera la valeur actuarielle, donc de marché, du stock de dettes. Revenir à des taux nets de 2% (au lieu de l’ordre de -1% net d’inflation) abaisserait la valeur marché de la dette d’environ 280Md€ (duration*spread*stock de dette).
  • Il ne faut pas accroître le stock de dettes, en abandonnant les fonds d’investissement (50 et 10 Md€), et en évitant les reprises (35Md€ SNCF, risques sur de 35 aussi pour l’Unedic, de 100Md€ pour EDF, etc). En tout, on peut viser un allègement de 230Md€.
  • Bien sûr, dans ce cas, pour ne pas accroître la charge de la dette, il ne faut plus avoir à émettre 200Md€ de dettes comme prévu pour 2019. Il faut passer à 0 de déficit public (au lieu de près de 100Md€ prévus pour 2019), ce qui oblige à des mesures drastiques impopulaires. Elles ne peuvent passer que par référendum ou dans un paquet présidentiel lors de la prochaine élection (500Md€ à économiser sur un quinquennat). Au-delà de la suppression des subventions à toutes les prébendes de la monarchie républicaine, il faut revenir à un ratio normal d’efficacité publique, ce qui suppose une simplification réelle des tracasseries et régulations actuelles (et pas simplement des ajouts de textes).
  • Passer à 0 de déficit (maintes fois promis, jamais tenu depuis des décennies) ne ferait que la moitié des 200Md€ à trouver. Il faut aussi que l’Etat cède ses actions (en maintenant son contrôle par la régulation et par conventions) des entreprises du domaine concurrentiel. Cela ne concerne pas que les participations détenues par l’Agence des Participations de l’Etat, mais aussi par la Caisse des Dépôts et Consignations, par l’Etat en direct et par les organismes publics. Cela doit englober également l’immobilier et les dettes détenues par le public, pour avoisiner les 100Md€ d’allègements globaux.

En tout, cela ferait 760+280+230+500+100= 1870 Md€. Les mesures ci-dessus seraient naturellement condamnées par la vindicte populiste comme étant anti-sociales, alors qu’elles visent justement à préserver la société et ses citoyens du chaos de la faillite. Pourtant, c’est à peine la moitié des 3315Md€ de besoins de refinancement du pays, comme estimés ci-dessus.

Certains jugent E. Macron libéral, alors que déficits, dépenses publiques, dettes et montants des prélèvements croissent. Ce qui serait considéré par comparaison comme des mesures ultra-libérales ci-dessus, ne seraient pourtant que la moitié des besoins de redressement du pays.

Maigre consolation, avec 250 trillions de dollars de dettes dans le monde, la France ne sera peut-être pas le premier domino à tomber.

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