Vive le roi : de la monarchie sous la république

L’identité française est bien malheureuse, mais il existe, malgré tout, une actualité heureuse, celle des têtes couronnées et de la nostalgie royale. C’est une question de points de vue ou d’images du monde ! Heureusement que la royauté a précédé la république. Elle nous laisse de beaux restes, de la gloire, de la splendeur, des relais de poste et des châteaux, des palais de la République, de la folie des grandeurs, des portraits et des statues, des meubles d’époque et de style, des lieux à visiter et les milliers d’emplois de l’économie du tourisme.

Le président Jupiter Macron vient de confier à Stéphane Bern une mission de promotion et de défense du patrimoine de la France. Le petit jeunot de l’Elysée, apôtre du monde nouveau, a absolument besoin de légitimité historique et de s’ancrer dans le monde ancien. Chassez l’Histoire et le passé par la grande porte du politiquement correct et de la modernité marchante, ils reviennent par la fenêtre… et par la lucarne de notre animateur historico-médiatique. Le débauchage de Stéphane Bern est encore un bon coup de pub de la part d’un président, très pro en marketing. Bah, le pouvoir, c’est de l’apparence, à défaut d’être de l’apparat. Et les Français adorent l’Histoire. On les comprend quand on vit le présent.

Il est vrai que la République française, dans sa cinquième version, a tout d’une monarchie, de moins en moins républicaine d’ailleurs, depuis que la haute noblesse administrativo-économique s’est emparée de tous les pouvoirs. Que vient donc faire Stéphane Bern, le saltimbanque de la télé, dans la galère macrono-monarchique ? Au moyen âge, le roi avait son fou, mais nous ne sommes plus au moyen âge. Notre animateur met de la douce folie dans ses émissions. Stéphane Bern est sympathique, amusant, un peu cabotin. Il sait, avec talent et passion, faire partager son amour des belles choses, du patrimoine à l’Histoire, en nous dévoilant très régulièrement ses secrets. Il a d’ailleurs tout le charme excentrique pour le faire. S’il y en a un qui y croit, c’est bien lui. On serait prêt à rallier le drapeau blanc à fleur de lys et à crier : Vive le roi, vive les princes, vive la duchesse. L’élite des époques passées avait de la classe, du chien, du panache, et du goût, même dans les mesquineries, les intrigues et les turpitudes humaines. C’est du Alexandre Dumas, du roman historique, avec capes, épées, perruques, amours, gloires et beauté, et tout le fourbis, les bibelots, la crinoline, le buffet Henri II, les portraits des ancêtres. Que la France de jadis était belle donc ! On serait presque nostalgique de la monarchie.

Autour de nous, des peuples européens ont gardé leur roi ou leur reine(1). Les Espagnols ont même remis les Bourbon sur le trône à la fin du siècle dernier (1978)(2). Nous, les Français, avons abandonné la monarchie en 1870, le 4 septembre (à la station de métro parisien du même nom), après la défaite de Sedan qui provoqua la chute le Second Empire (2 septembre 1870). On a quelque peu hésité par la suite. L’Assemblée nationale élue en 1871 est monarchiste, parce que la France rurale ne veut plus de la guerre, donc des bonapartistes qui l’ont déclenchée et des républicains qui voulaient la continuer. La république fut confirmée par le hasard d’un titre de président de la République donné, le 31 août 1871, au monarchiste Adolphe Thiers, à qui on avait confié la direction du gouvernement, en attendant l’adoption d’une constitution. Quel serait le régime futur ? L’assemblée penchait pour la monarchie bien sûr, mais les royalistes avaient deux prétendants, un de la branche cadette, les Orléans (Philippe, duc d’Orléans, né en 1834, petit-fils de Louis-Philippe) et l’autre de la branche aînée, les Bourbon (Henri, petit-fils de Charles X, duc de Bordeaux puis comte de Chambord, l’enfant du miracle né en 1820 après l’assassinat de son père, le duc de Berry(3)). Le Bourbon, plus âgé, n’avait pas d’enfant. Il suffisait d’attendre qu’il meure pour résoudre la question. Aussi, le 20 novembre 1873, instaura-t-on le septennat, confié au général de Mac-Mahon, le battu de Sedan de tendance monarchiste, élu deuxième président de la république, après la démission de Thiers le 24 mai 1873.

Hélas, le scenario prévu ne se réalisa pas et les Républicains gagnèrent les législatives (1876), conquirent le Sénat (5 janvier 1879) pour finir par élire Jules Grévy à la présidence (30 janvier 1879) après la démission de Mac-Mahon qui ne voulait pas se soumettre et préféra se démettre. Le rêve monarchique était bel et bien terminé et la République signait un bail, continuellement reconduit. Le comte de Chambord mourut en 1883, le duc d’Orléans en 1894. Disparaissaient alors les deux derniers rois de France, de jure (ils régnèrent quelques jours : Henri V du 2 au 7 août 1830, et Henri VI, le 24 février 1848). Avec le temps, la République conquit les esprits et les électeurs… Mauvaise joueuse, elle décida l’exil des familles régnantes (loi du 22 juin 1886). Les Français sont bien des Gaulois, batailleurs et divisés : nous avons trois familles de prétendants au trône, les Bourbon, les Orléans et les Bonaparte.

J’entends souvent dans les salons mondains la légende du général de Gaulle magnanime, qui, ayant instauré une monarchie république ou une république monarchique, accorda le pardon de la France aux héritiers de ses monarques royaux et impériaux. Hélas, l’abrogation de la loi d’exil n’est pas un cadeau du Grand Charles aux ancêtres couronnés. Elle fut votée le 24 juin 1950, par une République numéro 4, assurée de la pérennité du régime, à l’initiative d’un député MRP (chrétien-démocrate), directeur et fondateur du journal Ouest France, qui plaidait également la clémence envers le maréchal Pétain. Le président de Gaulle eut quelque amitié avec le duc d’Orléans. Mitterrand, homme de droite ayant fait sa carrière à gauche, était monarchiste dans l’âme et fréquentait aussi le prétendant. Il osa fêter le millénaire capétien en 1987. Mis à part ses accointances discrètes, la République, si elle honore parfois ses gloires monarchiques passées, n’associe plus les familles régnantes à ses mondanités, ce qui n’est pas le cas au Portugal.

Ce pays, vivier de concierges, de femmes de ménage et de maçons, exportateur de porto et de fado, tomba en république en 1910, après avoir assassiné son roi, Don Carlos 1er, en 1908. Les Bragance partirent en exil. La reine Amélie, née princesse d’Orléans, s’installa en France, au Chesnay. Dans ses premiers temps, la République portugaise eut bien du mal à convaincre. Les premières années du régime furent agitées, le nord du pays restant monarchiste. La République, ça se prépare, ça se murit. Le Portugal n’était pas prêt. Chez nous, les Orléans et surtout Napoléon III avaient, sans le vouloir, républicanisé petit à petit les esprits et les mœurs. En 1870, les Français étaient bons pour se jeter dans les bras de Marianne. Par un mariage de raison, ils épousèrent la Gueuze, le régime qui nous divisait le moins alors. Comme dans bien des mariages arrangés, avec le temps, ils se mirent à l’aimer, à l’usage et à l’usure. Après tout, la Gueuze n’avait pas que de défauts. Au Portugal, la république eut une enfance malheureuse et tourmentée, violentée par ses soupirants et ses militaires. La stabilité fut instaurée, de manière forte par l’armée (1928) puis par l’Estado Novo de Salazar (1934), une version nouvelle de la politique à l’époque, ni de gauche, ni de droite. Le scenario fut le même en Espagne (après la proclamation de la deuxième république en 1931(4)et l’instauration de la dictature franquiste en 1939). En 1974, le régime autoritaire portugais fut renversé à Lisbonne, par l’armée lors de la révolution des œillets, et la république devint démocratique. Contrairement à leurs frères hispaniques, les Portugais oublièrent de rappeler leur roi.

Dans ce curieux pays, chers aux retraités français, la famille royale participe du folklore local et aux cérémonies officielles. En 1995, le président de la République, le socialiste Mario Soares, assista au mariage de l’héritier de la couronne, Dom Duarte de Bragance, en l’église des Jeronimos de Belém (avec retransmission en direct sur la télé d’État). Dernièrement, le 10 octobre 2017, on a pu voir le « roi » du Portugal, Dom Duarte, invité à la réception en l’honneur des souverains hollandais en visite d’État. Le président de la république, Marcello Rebelo de Souza accueillait en effet le couple royal néerlandais au palais d’Ajuda, ancienne résidence des rois du Portugal. La république aime à se coucher dans les lits de la monarchie : le président est logé au palais de Belém, autre résidence royale. On n’imagine guère la scène en France, le président et le prétendant à table… Mitterrand aurait pu le faire. Il s’est d’ailleurs rapidement pris pour Louis XIV, en conviant les chefs d’État à Versailles, au sommet du G7 de 1982(5). Peut-être que sa Superbe Macron 1er, en mal d’enracinement et de grandeur, suivra-t-elle l’exemple portugais. Mais alors, qui inviter à la table de la République ? Henri VII (le duc d’Orléans) ou bien Louis XX (le duc d’Anjou, Louis-Alphonse de Bourbon) ou encore Napoléon VII (Jean-Christophe Albéric Ferdinand Napoléon Bonaparte, le prince impérial) ? Les Français sont envieux a dit le premier d’entre eux. Et le président n’a pas très envie qu’un autre lui pique son trône. Donc, ce n’est pas demain la veille qu’on verra sur France 2, le mariage des prétendants. Après le statut de première dame, à quand le couronnement de la reine Brigitte par le roi Emmanuel ? Certes, Bonaparte perce sous Macron, mais on ne va quand même pas créer une quatrième dynastie…

Antoine de Nesle

(1)Grande-Bretagne, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Danemark, Suède, Norvège, Lichtenstein.
(2)Ces Bourbon viennent de la cave de Louis XIV, par son petit-fils, Philippe V. Héritière de la monarchie, la république pourrait revendiquer la Catalogne : une solution qui résoudrait la crise actuelle.
(3)http://www.comtedechambord.fr
(4)La république fut renversée par Franco en 1939. Le général désigna son successeur en la personne de Juan-Carlos de Bourbon qui devint roi en 1975 et présida la transition démocratique. La première république espagnole fut proclamée le 11 février 1873, après une crise de succession, à l’origine de la guerre franco-prussienne de 1870-71. Après l’abdication et l’exil de la reine Isabelle en France, en 1868, les Cortes cherchèrent un roi. La candidature Hohenzollern, abandonnée en cours de route, provoqua quand même la guerre entre la France et la Prusse. Les Cortes choisirent Amédée de Savoie en novembre 1870. L’Italien avait des droits à la couronne d’Espagne. En 1718, le roi de Piémont dut abandonner la Sicile, en échange de la Sardaigne et du droit au trône d’Espagne en cas d’extinction de la dynastie des Bourbon. Incapable de mettre de l’ordre dans la vie politique, il préféra abdiquer le 11 février 1873. La république fut proclamée. Mais l’instabilité ne permit pas au régime de s’installer. En janvier 1874, les monarchistes prirent le pouvoir par un coup d’Etat. En 1875, le fils de la reine Isabelle retrouva son trône.
(5)http://www.chateauversailles.fr/decouvrir/histoire/sommet-versailles

Pour les déçus du roi Macron 1er et les amateurs des anciennes monarchies :

La lignée du roi des Barricades : http://leblogducomtedeparis.fr et http://princejeandefrance.fr

Il y a de la rumba dans la famille : http://www.noblesseetroyautes.com/comte-de-paris-regle-succession/

La lignée du roi légitime : https://www.royaute.info/louis-xx/

Les bonapartistes : http://francebonapartiste.fr

Moi, je suis royaliste portugais (c’est plus simple) : http://www.casarealportuguesa.org/dynamicdata/default.asp

Loi relative aux membres des familles ayant régné en France (22 juin 1886)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64480423/

Loi n° 50-728 portant abrogation de la loi du 22 juin 1886 relative aux membres de familles ayant régné en France.

https://www.legifrance.gouv.fr/jo_pdf.do?id=JORFTEXT000000705170

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